Invitation au voyage

Voeux d’Henriette Zoughebi, présidente du Comité régional du Tourisme

henriette_zoughebi90

Discours prononcé le 26 janvier 2010 au Centre Georges Pompidou

Mesdames et Messieurs,

Cher-e-s ami-e-s

Bonsoir à toutes,

Bonsoir à tous,

Monsieur le Président, Cher Jean-Paul HUCHON, je suis heureuse qu tu sois à mes cotés pour la réception des vœux du CRT.

Je vous remercie, cher Alain SEBAN, pour votre accueil.

Je salue également Agnès SAAL, directrice générale du Centre Pompidou, et partenaire appréciée du CRT.

C’est un très grand plaisir de partager avec vous ce lieu prestigieux. Le Centre Pompidou est né d’un pari extraordinaire. Son ouverture a répondu à une grande ambition : celle d’une culture proche et accessible.

Le Centre est un formidable lieu d’exposition. Il incarne un geste architectural fort qui attire de nombreux visiteurs français et étrangers. Il offre un lieu de vie culturel pour les Francilien-ne-s avec un musée d’art moderne et contemporain, des salles de cinéma, des cafés-restaurants, une librairie, une boutique de design… Et bien sûr une magnifique bibliothèque, libre d’accès, qui rencontre un très grand succès.

Une autre qualité du centre à laquelle je suis sensible, c’est le panorama exceptionnel auquel il donne accès, avec une vue unique sur les toits de Paris. Amarré en pleur cœur du Paris historique, le Centre Pompidou est devenu une place incontournable de l’art moderne et contemporain. Ce rapport singulier entre l’histoire et la création contemporaine, est, au fond, assez emblématique de notre destination. C’est en quelque sorte « notre marque ».

En Ile-de-France, l’attrait touristique est directement lié à l’offre culturelle et artistique. Que serait d’ailleurs notre région sans ces grandes expositions et sans ses artistes ?

Oui, le tourisme a besoin des évènements culturels.

Et la culture à besoin de la rencontre avec le public, elle a besoin de la diversité des regards et des visiteurs. Bien sûr, pour permettre cette rencontre, je n’oublie pas le rôle essentiel des personnels, de tous les personnels, qui font vivre les établissements culturels. Leur présence est nécessaire à la qualité de l’accueil des visiteurs.

Les visiteurs, les Francilien-ne-s, les acteurs économiques, nous avons tous besoin que les musées, les institutions culturelles continuent d’avoir les moyens de remplir leur missions de service publics. Je remercie pour leur présence, les conseillers régionaux et généraux, tous les élus qui nous font l’amitié d’être parmi nous ce soir.

Je salue chaleureusement Jean-Claude BOUCEHRAT, président du CESR et tous les membres présents du Conseil économique et social régional.

Je veux remercier particulièrement Jean-Pierre BLAT, directeur Général du CRT, Nicolas BARRET, directeur général adjoint et l’ensemble des salariées du CRT et des CDT. Je salue enfin les acteurs du tourisme et de la culture, et plus spécialement Jean-Jacques AILLAGON, président du domaine national de Versailles.

Tous ensemble, dans notre diversité, nous oeuvrons pour l’activité touristique en Ile-de-France.

Le tourisme n’est-il pas l’un des premiers secteurs créateur de richesses, créateurs d’emplois, et porteur de lien social ?

De la gardienne de musée au chef cuisinier, du garçon de café à la directrice d’hôtel,  du chauffeur de taxi à la conservatrice du patrimoine, du jardinier à la guide…, l’activité touristique implique toute une chaîne de métiers. Elle entraîne avec elle une grande diversité de Franciliennes et de Franciliens. C’est sans doute l’un des enseignements les plus importants que je tire de ces quelques années passées avec vous. Il m’apparaît aujourd’hui évident que tout projet d’avenir pour notre région et pour la France doit valoriser le formidable potentiel de ce secteur d’activité.

Le tourisme a ceci de particulier et d’enthousiasmant qu’il est par nature à la croisée des chemins de la culture et de l’art, de l’économique et du social. Il est très directement lié aux mouvements du monde et aux enjeux d’avenir pour la région.

Aujourd’hui, et malgré les efforts de communication, assez peu de visiteurs sortent encore de Paris. En plein cœur historique de la capitale, je voudrais insister auprès de vous sur le défi qui nous attend au cours des prochaines année : faire découvrir la grande diversité des territoires d’Ile-de-France. Le contraste des quartiers : branchés ou populaires. La variété de ses villes : historiques ou industrielles, de ses paysages. Ce qui m’importe, c’est de créer du lien entre le centre et la périphérie parisienne, entre les villes de la région et réer ensemble les dynamiques pour réussir la « mise en tourisme ».

Avec les expositions Boltanski, le dialogue entre le Grand Palais, à Paris, et le Mac Val à Vitry devient évident. Il se concrétise avec les navettes mise en place par le CRT.

Avec Versailles Off, le Château renouvelle l’intérêt de ses visite et gagne un plus large public.

Dans un autre registre, le Festival de musique classique de Saint-Denis s’ouvre aux musiques métissées.

Toutes ces initiatives concourent à transformer notre destination pour les visiteurs comme pour les Francilien-ne-s. Notre destination n’est pas seulement belle à voir, nous voulons aussi qu’elle soit belle à vivre. Notre diversité culturelle est un autre atout formidable pour s’adresser au monde entier, pour devenir un carrefour d’échange et de rencontres. Notre défi est de construire une Métropole porteuse d’histoires et porteuse de projets.

Les valeurs du tourisme que je défends, œuvrent pour une destination métissée et populaire qui fait la part belle à l’énergie de la rue, aux artistes et aux créateurs, à la diversité de nos villes et de nos quartiers. Une métropole qui valorise sa jeunesse. Car l’enjeu, ne l’oublions pas, c’est que l’activité touristique profite à l’ensemble des Francilien-ne-s.

Se projeter dans l’avenir alors que nous traversons toujours une crise économique est évidement un exercice compliqué. Certaines entreprises ont été très fragilisées. Face aux difficultés, elles réagissent à court terme. Plus que jamais, la responsabilité de l’action publique est de donner des perspectives. Elle est de dégager une vision à moyen et long terme pour accompagner les acteurs du tourisme dans leurs choix stratégiques. Les études et observations du CRT analysent l’évolution du secteur. Elles cernent les comportements de nos visiteurs et leurs attentes. On peut toujours mieux les comprendre, encore faut-il cultiver le désir d’aller à leur rencontre, de les accueillir. La encore, la région, avec le CRT, s’est engagé sur la voie de l’hospitalité en créant des points d’accueil et d’information dans les deux aéroports et un autre à Versailles. C’est une première étape qui demande à être poursuivie. Et qui pose maintenant la question de notre présence dans les gares TGV. J’ai le plaisir de vous informer que le CRT s’apprête à mettre en place une billetterie « expositions et spectacles » dans ces points d’accueil. Ainsi, nos visiteurs pourront accéder encore plus facilement aux offres culturelles.

Dès lors qu’on occupe une responsabilité publique, j’ai la conviction que la question de l’emploi des jeunes est une première urgence qui nous concernent tous. J’ai l’occasion de rencontrer beaucoup de jeunes, très divers. Et tous me disent que leur préoccupation première, c’est l’emploi. Le CRT s’est directement impliqué pour révéler les talents des jeunes, pour les aider à aller au bout de leur projet. Le tourisme à besoin des jeunes, de leur compétence et de leur énergie, nous avons besoin d’eux pour développer une activité porteuse de richesses économiques et ne l’oublions pas, de richesses humaines.

Faire la promotion du tourisme en Ile-de-France finalement c’est parler au monde, c’est dire à tous « venez nous voir », « on a envie de vous accueillir ». « On a envie de s’ouvrir à vous.»

Partout dans le monde notre destination, et d’abord la France, évoque le pays des Lumières, la patrie des droits de l’homme, (et comme je m’inclue dans la déclaration universelle, je préfère parler des Droits Humains). Quelle ouverture au monde peut-on promouvoir quand le gouvernement ferme nos frontières à certains d’entre nous ? La remise en cause du droit de circulation, les reconduites à la frontière me sont insupportables. Elles entretiennent inexorablement une méfiance à l’égard de l’étranger. Cette posture de repli nuit gravement à notre image, elle nuit concrètement à notre rapport aux autres. A contrario, tout ce qui va dans le sens de l’hospitalité profite, j’en suis sûre, au rayonnement  de la métropole.

Gardons à l’esprit que l’activité touristique est fondée sur l’échange, la rencontre, l’intérêt pour les autres. La grande aventure du voyage aujourd’hui, c’est la rencontre de l’autre. Le voyage est le moteur essentiel du dialogue des cultures. Il n’opère pas seulement un déplacement dans l’espace, il provoque un déplacement à l’intérieur de soi-même, il procure de nouveaux yeux sur le monde.

Et si Pierre SOULAGES m’interpelle autant, c’est parce qu’il convie le spectateur à un changement de regard.

A 90 ans cette année, Pierre Soulages est l’un des plus grand peintre de la scène française actuelle.

Il y a trente ans, ici même, au rez-de-chaussée, le Centre Pompidou lui consacrait déjà une grande exposition. Le peintre saisissait l’occasion pour soumettre au public des peintures d’un genre nouveau. Les visiteurs découvrent alors des toiles étonnantes, recouvertes d’étranges épaisseurs de noir. « Un coup de poing dans l’estomac » dira Lépold Sédar Sanghor au sortir de l’exposition. Cette « peinture autre », Pierre Soulages lui donne un nom, c’est l’Outrenoir.

L’artiste a ceci de particulier qu’il ne se réfère à aucune école, aucune tradition. Soulages use d’une entière liberté. Toute son œuvre témoigne de sa curiosité pour l’inconnu. « Le noir a des possibilités insoupçonnées, nous dit l’artiste, et, attentif à ce que j’ignore, je vais à leur rencontre ». A sa manière, il revêt l’habit du voyageur pour partir à la découverte d’un nouvel univers. Et surtout d’un nouveau dialogue : « L’oeuvre vit du regard qu’on lui porte, elle ne se limite ni à ce qu’elle est ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde ». Et il ajoute : « ma peinture est un espace de questionnements sur lequel viennent se faire et se défaire les sens qu’on lui prête. Je marque par là que le regardeur fait aussi partie du sens ».

« Au fond, c’est cela une œuvre d’art. Une chose pouvant recevoir ce que nous y investissons de nous-même ».

Je vous souhaite une excellente visite.

Henriette Zoughebi, Présidente du Nouveau Paris Ile-de-France

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