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Pourquoi les touristes ont boudé Paris

Paris a connu cet été une vertigineuse baisse de la fréquentation des touristes étrangers, Américains et Japonais en tête. La vie chère (billets d’avion, tarif des visites et des hôtels) explique largement cet état des lieux. Le manque de qualité dans l’accueil et les services aussi. Tout cela oblige les professionnels du secteur à revoir leur copie. Pour que 2009 soit d’un meilleur cru…

Les touristes ont boudé les principaux sites franciliens en juillet et en août. Les plus touchés en juillet: l’Arc de Triomphe (-12,4% par rapport à juillet 2007), suivi du musée d’Orsay (-11,7%), du château de Fontainebleau (-5,3%), du domaine de Versailles (-5%), et du musée du Quai Branly (-4,4%). Tous les sites incontournables sont à la baisse, y compris la tour Eiffel (-2,1%) malgré ses 785 814 visiteurs en juillet. En août, même phénomène: Musée d’Orsay (-13,4% par rapport à août 2007), Arc de Triomphe (-8,4%), Tour Eiffel (-3,6%) font leurs comptes. Lors de ce premier semestre, la fréquentation d’un poids lourd comme le musée du Louvre est en baisse de 0,5% par rapport à la même période 2007 (*).

« La baisse du nombre de touristes étrangers – en particulier américains et japonais – fait fondre mécaniquement le nombre des premières visites aux sites parisiens incontournables. Quand un Américain vient à Paris, il se rend automatiquement à la Tour Eiffel. Or les Américains ne sont pas venus« , explique Henriette Zoughebi, présidente du Comité régional du tourisme. Autre raison de fond: la baisse du pouvoir d’achat. Car l’activité touristique à Paris est chère: 9 euros par personne pour voir la Joconde au Louvre et 12 euros pour grimper au sommet de la Tour Eiffel.

Preuve que ces prix sont trop élevés: le Musée de l’air et de l’espace de l’aéroport du Bourget enregistre, lui, une hausse de fréquentation de 15,7% en juillet. La raison? L’entrée est gratuite. « Sérieuse, cette question de tarifs d’entrée perçus comme élevés. Mais si les musées baissent leurs prix d’entrée, ils seront contraints de rogner sur la qualité de l’accueil ou des expositions. Or celles-ci renouvellent l’intérêt et incitent les touristes à revenir à Paris. Reste une issue: que l’Etat ou les collectivités aident davantage, financièrement, les musées. Est-ce dans l’air du temps?« , s’interroge Henriette Zoughebi. Une chose est sûre: l’une des conditions du retour des touristes est bien une baisse de ces tarifs.

Une baisse de 35% par rapport à 2007

27% des professionnels qualifient leur activité cet été de « mauvaise« . Un point de vue compréhensible: la fréquentation des touristes étrangers est en baisse de 35% par rapport à l’an dernier. Si les Britanniques restent les visiteurs les plus fidèles de l’Ile-de-France, suivis des Italiens et des Allemands, apparaît un phénomène inquiétant: les Américains et les Japonais ne figurent plus dans le « top ten » des clients étrangers en Ile-de-France.

De nombreuses raisons expliquent la fuite des touristes américains et asiatiques. Ainsi la hausse des billets d’avions – augmentation du prix du pétrole, baisse du dollar, et crise des « subprimes » – a rendu onéreux les séjours en Europe pour les Américains. Autre explication: « Les touristes nippons, dont beaucoup sont friands d’expositions, sont sensibles à des prix qu’ils estiment élevés par rapport à la qualité des services et à l’absence d’usage du japonais dans les prestations. Bref, Paris doit faire un effort« , estime Henriette Zoughebi. Paris trop cher? Le touriste en Ile-de-France doit affronter des prix de chambres d’hôtels dont la « recette moyenne par chambre« , c’est-à-dire les prix, a augmenté en un an de 5,9% à 9,4% (pour les 4 étoiles)! Henriette Zoughebi met en garde les professionnels: « Paris doit rester moins chère que Londres. C’est une question cruciale de compétitivité. Berlin, capitale attractive en plein renouvellement, est déjà meilleur marché que Londres et Paris. »

A la recherche d’un grand événement

Avec des prix plus raisonnables le tourisme (actuellement 10% du PIB régional) pourrait devenir une activité économique francilienne majeure. Les atouts excèdent en nombre les points faibles. Au c?ur du réseau TGV européen, à l’heure où les voyages en avions ont du plomb dans l’aile, Paris, selon Henriette Zoughebi, redevient un lieu de créativité dans le domaine de la mode, du design, et de l’art contemporain. « Attractivité parisienne, invention d’un nouvel art de vivre, cafés originaux, ambiances chaleureuses, jeunesse créative… bref, une vie dont les visiteurs étrangers sont curieux« , note-t-elle. Surtout Paris s’étend à sa banlieue, suscitant d’autres intérêts. Exemple: du Parc de la Villette par le canal de l’Ourcq, vers le Centre national de la danse de Pantin. Autre exemple: le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (Mac Val) situé à Vitry-sur-Seine. Au milieu des cités, il suscite la curiosité des touristes. L’ouverture en octobre du 104 Aubervilliers, 39 000 m² dédiés à la création contemporaine, revêtira une dimension internationale, un « atout décisif » selon Henriette Zoughebi. Sans parler de grandes expositions comme Picasso et les Maîtres prévues au Grand Palais en octobre, ou l’actuelle Jeff Koons au Château de Versailles, d’autant plus intéressante touristiquement qu’elle soulève une polémique. Les conservateurs des musées français ont un savoir-faire reconnu qui donne une longueur d’avance à Paris.

Mais à côté de ces atouts, Paris a des faiblesses. D’abord, un manque de qualité dans l’accueil et les services. Clef du redressement: des emplois touristiques plus qualifiés, mieux rémunérés et moins précarisés. Manquerait aussi à Paris de grands événements comme le Grand Carnaval de Londres ou la Fête des Rois à Barcelone. « Les gens aiment faire la fête dans la rue« , souligne un connaisseur du secteur. La capitale serait aussi jugée trop frileuse en « gestes architecturaux« : « La création n’a de sens que si elle est audacieuse. Les touristes viennent aussi à Paris pour être dérangés. » D’où la pertinence du débat sur les gratte-ciel à Paris.

Loin de baisser les bras, le Comité du tourisme d’Ile-de-France prépare une campagne de communication dans 15 villes d’Europe accessibles en TGV. Conclusion: « Nous entendons ainsi promouvoir cette façon plus verte de voyager. Il ne suffit pas d’avoir un patrimoine. Il faut faire savoir aux touristes que Paris est prêt à les accueillir. »

(*) Chiffres du Comité régional du tourisme.

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Paru dans : http://www.lejdd.fr/JDD-Paris/Actualite/Pourquoi-les-touristes-ont-boude-Paris-86944/

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