Livry-Gargan – Rhoda, c’était un sourire qu’on n’oublie pas »
A LA PORTE du 35, allée de Nemours, les sanglots ont percé le silence qui s’était installé pour la marche en mémoire de Rhoda. Des bougies blanches ont été posées sur le muret, des roses de la même couleur jetées dans le jardinet. C’est derrière la grille de ce pavillon, à Livry-Gargan, que vivait cette femme de 37 ans, tuée de plusieurs balles, le 27 février, par le mari qu’elle voulait quitter. Eric, tireur sportif, qui n’était pas connu comme un mari violent, a admis l’avoir tuée parce qu’il ne supportait pas l’idée d’une séparation. « Elle voulait sauver ses enfants, c’est tout ce qui comptait pour elle », relate pudiquement Amina, une collègue de travail. Tuée par son mari Rhoda était chef-lingère à l’hôtel Marriott de Roissy. Elle avait aussi travaillé au Ritz sur les Champs-Elysées. Auprès de ses collègues comme auprès de ses amis et compatriotes philippins, elle laisse l’image d’« un sourire qu’on n’oublie pas ». Effondrée, son amie Baby n’arrive toujours pas à comprendre. Le lundi soir, Rhoda l’a appelée. « Il était 23 h 32, elle m’a dit appelle la police pour moi . J’ai fait le 17, la femme policier ne parlait pas anglais alors en français, j’ai dit que c’était important parce que le climat était tendu, à cause divorce, j’ai donné l’adresse, même le code postal, et la femme policier m’a dit que des policiers iraient sur place. » Mais Rhoda est morte sans que personne ne puisse la sauver. Une enquête administrative de l’IGS (inspection générale des services) a été diligentée. Ce meurtre d’une mère de famille par son mari est le premier depuis le début de l’année dans ce département où huit femmes sont mortes l’an dernier de la violence de leur conjoint, selon l’Observatoire des violences faites aux femmes et Femmes 93. Les deux structures manifestent désormais systématiquement « pour ne pas laisser ces crimes dans l’anonymat ». Hier soir, ils étaient une centaine à venir témoigner de leur émotion, à la veille de la Journée internationale de la femme. Le combat contre la violence conjugale dépasse les clivages politiques, comme en témoigne la présence d’élus de tous bords : Henriette Zoughebi, conseillère régionale PCF, Alain Calmat, le maire DVG de Livry, Pascal Popelin, conseiller général PS ou encore Eric Raoult, député UMP.
Carole Sterlé | 08.03.2007
——————–















