Discours de Jean-Paul HUCHON

Discours de Jean-Paul HUCHON lors de la remise de la légion d’honneur le 14 avril 2015

C’est l’histoire d’une affiche. La photo est prise dans la galerie des glaces, à Versailles. On y voit des jeunes branchés, bien habillés, se déhancher dans la pénombre, sur des rythmes endiablés. Le seul hic, c’est qu’ils n’ont plus de tête. C’est qu’ils sont décapités. « At Versailles, dit l’affiche, you’re treated like royalty ». Vous êtes traités comme des rois. Un alléchant programme. La Révolution dans le sourire. Comment mieux dire la quintessence d’Henriette ? La culture – vaste et ouverte. L’élégance – toujours soignée, à l’image de sa rigueur. L’esprit d’audace et le sens du décalage – de la folie, même.

Et bien entendu, la conviction révolutionnaire – que porte avec fierté, et comme un étendard, tout élu communiste qui se respecte.

Ce n’est donc pas un hasard si cette affiche a été créée par le Comité régional par le Comité régional du tourisme à l’époque où Henriette en était la présidente, pour faire connaitre l’Ile-de-France aux Londoniens.

La Présidence du CRT est l’une des grandes responsabilités que tu as exercées à la Région, depuis que nous avons été élus, toi et moi.

Sur les 43 ans de service pour lesquels tu es distinguée aujourd’hui, toi qui reçois la décoration la plus Républicaine qui soit, tu en as donné 17 à l’Ile-de-France. Et pendant ces dix-sept ans, tu as contribué de façon majeure à transformer la Région Capitale.

A la tête de la Commission culture, en premier lieu, tu as contribué à construire une politique culturelle ambitieuse, qui n’existait pas sous la majorité précédente. Tu l’as voulue réellement créative, et réellement ouverte à tous – car l’un et l’autre, tu l’as toujours dit haut et fort, ne sont certainement pas contradictoires.

Nous connaissons tous ton engagement au service de la littérature – Marie Desplechin en parlera bien mieux que moi – et en faveur de l’éducation artistique et culturelle.

Tu ne l’oublieras d’ailleurs pas lorsque tu deviendras, en 2010, Vice-présidente en charge des lycées : tu lui accorderas une place importante dans l’action que nous menons aujourd’hui, grâce à toi, auprès des jeunes. Tu as fait de la culture, en Ile-de-France, un moteur d’émancipation.

A la tête du Comité Régional du Tourisme, entre 2004 et 2010, tu as suivi la même ambition.

Lorsque tu es arrivé, le CRT s’occupait surtout des jardins et des châteaux, des franges de l’Ile-de-France – touristiquement parlant du moins. Dans la promotion touristique, les territoires urbains avaient autant de place que les territoires ruraux. Le fil qui les reliait était l’histoire, notre histoire, celle qui fait tout le sel de l’Ile-de-France, celle qui nous rend si fiers d’être Franciliens. Lorsqu’elle est partagée, la culture est un facteur d’unité.

Lorsque tu es partie, ceux qui créaient et ceux qui exposaient avaient pris l’habitude de travailler avec ceux qui hébergeaient et ceux qui nourrissaient. Les artistes rencontraient les hôteliers et les hôteliers rencontraient les artistes. Lorsqu’elle est partagée, la culture est pour toi aussi un moteur de croissance.

Et lorsque tu es partie, le budget du tourisme était évidemment trois fois plus élevé qu’à ton arrivée… La culture est un moteur de croissance, certes, mais par l’investissement public.

C’est déjà beaucoup, mais c’est très incomplet. Car il manque sans doute dans ce portrait le plus principiel et le plus essentiel : ton combat pour l’égalité.

Tu l’as évidemment mené comme Vice-présidente chargée des lycées.

C’est à mon sens la responsabilité la plus haute à la Région. En plus d’être la compétence historique de la Région, c’est surtout l’avenir de nos enfants. Et c’est à mes yeux l’une des plus complexes aussi, car ce sont 472 lycées, 10 000 agents, et des relations avec l’Education Nationale qu’il faut savoir nouer et nourrir avec habilité. C’était mon choix de te le confier. A toi, une élue communiste ! Et je ne l’ai jamais regretté.

L’égalité ? Tu l’as posée comme fer de lance de ton action dans les premiers mois de la mandature en proposant un rapport pour la réussite de tous. Tu l’as portée ensuite tout au long des politiques que tu as construites, à commencer par la plus emblématique : la tarification sociale au quotient familial dans les cantines des lycées. Car un lycée qui ne mange pas à sa faim est un lycée qu’on prive non seulement de présent, mais aussi d’avenir.

L’égalité, c’est aussi l’égalité entre les femmes et les hommes.

L’un de tes grands combats, que tu mènes depuis des années.

Tu l’as fait grandir dans les lycées d’Ile-de-France, et tu as très largement contribué à la mise en œuvre de notre politique de lutte contre les violences faites aux femmes.

Henriette, deux traits de caractère te distinguent de beaucoup de femmes et d’hommes.

Le premier, c’est ta volonté de faire. Ce qui t’intéresse, c’est de changer concrètement et réellement les choses. Et c’est bien.

C’est quelque chose qui nous rapproche. Tu défends, comme moi, des valeurs, des principes. Mais tu défends, comme moi, surtout, des gens. Des gens qui méritent qu’on s’y attache et qu’on leur rende leur dignité.

Le second trait qui te distingue, c’est ta constance dans ta volonté de faire. Une constance qui frise parfois l’obstination.

Pour ceux qui l’ignorent encore – mais sont-ils vraiment parmi nous ce soir ? – Henriette ne lâche rien. Il est donc bien plus facile, lorsque l’on négocie avec elle, d’être du bon côté de la table – le sien, cela va sans dire – que du mauvais côté. Cela ne l’empêchera jamais d’être une élue responsable, qui sait accepter les arbitrages une fois qu’ils sont rendus. Et je dois dire que je suis bluffé à la fois par cette volonté, et par cette loyauté.

Si notre majorité a si bien fonctionné ces dernières années, c’est en partie grâce à toi. Avec les élus du Front de Gauche, nous avons toujours trouvé des points d’accord. Tu es un artisan précieux de l’union de la gauche. Avec tes camarades, bien sûr, avec Gabriel et tous les autres. Et tu sais combien j’en suis fier et heureux.

Pour l’enfant de directeur d’école d’Ivry, mon père catholique et un peu gaulliste, qui trouvait formidable de travailler avec un maire communiste, inutile de dire que c’est un marqueur.

Si je devais choisir un mot – un seul – pour décrire ce qui nous lie, « estime » serait trop faible. « Respect » serait trop insuffisant. « Amitié » s’en rapproche davantage, « amitié fraternelle » me parait beaucoup plus juste. « Affection », encore plus.

Tu es quelqu’un qui aime profondément la vie. Cela te contraint parfois à la retenue. Car cet amour de la vie te place toujours à l’extrême – celle où l’on se laisse totalement gagner par ses émotions.

C’est cet amour de la vie qui te pousse très naturellement à aller au contact des gens, à les écouter.

C’est cet amour de la vie qui te fait aimer l’Ile-de-France dans ce qu’elle a de plus vivant, de plus divers et parfois aussi de plus fracturé.

« Où est passée la vie ? Demandait le regretté François Maspero, dans Les Passagers du Roissy-Express. Ou est passé la vie ? En banlieue. Le « tout autour » n’est pas un terrain vague, mais un terrain plein : plein de monde et de vie. Le vrai monde et la vraie vie. » Ton monde, notre monde, celui de l’Ile-de-France. Celui pour lequel tu t’es battue ; celui pour lequel tu es distinguée aujourd’hui.

Merci à toi, Henriette. Tu vois, je vais repartir au combat. J’aimerais que ce soit aussi avec toi, pas seulement comme un symbole, mais parce que c’est une vérité, notre vérité.

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