Notre liberté est menacée par la pensée unique

L’Humanité, mercredi, 28 Janvier 2015:

À la question toujours posée « pourquoi écrivez-vous ? » La réponse du Poète sera toujours la plus brève « pour vivre mieux » Saint John Perse

Depuis janvier, je vais à la rencontre des lycéen-ne-s pour engager le dialogue, tenter de comprendre quels débats sont nécessaires aux jeunes des villes populaires qui, une fois de plus, sont stigmatisés. Ils me disent qu’ils sont certes français pour la plupart, mais toujours suspects… Je suis frappée par la grande disponibilité de ces jeunes pour l’échange.

Je remarque l’extrême hétérogénéité des points de vue, parfois argumentés, parfois seulement affirmés, reprenant ce qu’ils ont lu sur les réseaux sociaux. Pour certains, ils opposent les cultures entre elles, et la liberté d’expression ne renvoie à rien de concret pour beaucoup.

Ces rencontres me confortent dans ma conviction qu’il est nécessaire et urgent de construire une culture commune véritable pour tous les jeunes quelle que soit leur voie de formation, générale, technologique ou professionnelle, avec une haute exigence pour les contenus en histoire, philosophie. Une ouverture réelle aux autres civilisations devrait permettre de sortir d’une vision centrée sur la civilisation occidentale.

Plus que jamais la promotion de la diversité, du pluralisme des idées et des œuvres, avec pour seule limite l’infraction à la loi et le respect de l’autre, est nécessaire pour préserver la liberté. Pourtant la marchandisation des objets culturels conduit à fabriquer des objets de consommation en vue du profit et des sujets qui seraient avant tout des consommateurs. Les jeunes comme toute la population sont soumis au formatage de la pensée, dont les « experts » des journaux télévisés sont des agents très zélés.

De leur côté, les artistes, les créateurs, les créatrices, les hommes et les femmes de culture continuent de porter la revendication émancipatrice d’une ouverture nouvelle de la société, donc aussi de l’école et des médias au souffle de la pensée libre.

Dans les lycées, les jeunes sont très demandeurs d’un travail avec des artistes et dans tous les champs de la création. Le théâtre, la chanson, la musique, le cinéma peuvent aussi être tension pour comprendre le monde, imaginer, et agir pour le changer.

C’est pourquoi la déception est si grande à la lecture de la feuille de route conjointe des ministères de l’Éducation et de la culture. Si elle affirme la nécessité de « changer d’échelle pour aboutir à l’accès de tous les jeunes à la culture», elle ne dégage pas véritables de moyens supplémentaires. Une nouvelle « journée … » des arts à l’école n’est pas à la hauteur de l’ambition affichée.

Où sont les rencontres directes avec les artistes et les œuvres si nécessaires pour éveiller tous les enfants mais en particulier ceux des milieux populaires à la pratique artistique pour que chacun-e puisse vivre une véritable expérience qui stimule l’imagination et la capacité créative ?
La déception est d’autant plus grande que le spectacle vivant et les médiathèques sont particulièrement menacées par les politiques de la droite au pouvoir dans certaines municipalités, mais aussi par les baisses de subventions et par une réforme des collectivités territoriales qui pourrait mettre en péril les financements croisés.

Plus que jamais, donc, la question d’une éducation artistique et culturelle au niveau des enjeux de ce 21ème siècle reste posée.

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