La scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans : un premier pas pour transformer l’Ecole

En présentant son projet de réforme du Diplôme national du Brevet qui se passe en fin de collège, la ministre de l’Education nationale a dit : « Quitter le collège c’est quand même un moment très important parce qu’on quitte ce qu’on appelle aujourd’hui la scolarité obligatoire ».

Cette déclaration, noyée sans doute au milieu des nombreuses oppositions à la réforme des collèges, est passée inaperçue.

Elle est pourtant particulièrement inquiétante.

La scolarité est bien, depuis 1959, obligatoire jusqu’à 16 ans et non pas jusqu’à la fin du collège.

La différence est fondamentale.

En effet, aujourd’hui près de 97% des jeunes de 16 ans sont au lycée et plus de 77% des jeunes de 18 ans sont scolarisés [1] … En Île-de-France ce sont 85% des jeunes franciliennes et franciliens de 18 ans qui poursuivent leurs études.

La ministre donc laisse entendre que la scolarité obligatoire est réduite, limitée au collège. Si ces propos étaient autre chose qu’une maladresse, ils constitueraient à la fois une régression, un retour en arrière incompréhensible et inadmissible par rapport à la situation actuelle, et surtout un abandon coupable de l’ambition, des valeurs qui, à gauche, ont toujours fait de l’éducation et de la jeunesse la priorité.

Au-delà, à trois reprises, en 1981 comme en 1997 puis 2012 la gauche au pouvoir a raté l’occasion d’initier une véritable transformation de l’Ecole en portant l’âge de la scolarité obligatoire à 18 ans.

En effet une telle décision s’inscrirait dans la dynamique lancée en 1882 par Jules Ferry et continuée par Jean Zay sous le front populaire puis par l’ordonnance de 1959. Et surtout, comme le montrait déjà le Plan Langevin-Wallon de 1947, élaboré dans le cadre du Conseil National de la Résistance, cette élévation de l’âge de la scolarité obligatoire est un levier de la nécessaire démocratisation du système éducatif français.

Le premier enjeu est celui de la justice sociale. La scolarité obligatoire, c’est la gratuité. Les frais d’équipement en lycée professionnel peuvent, selon les filières, être particulièrement lourds et sont le plus souvent à la charge des jeunes ou de leurs familles. En juin 2015, j’ai rendu publique une enquête menée pour la région sur le travail rémunéré des lycéen-ne-s d’Île-de-France

Près de 10% de ces jeunes travaillent de manière régulière et avec un nombre d’heures élevé. Il s’agit des jeunes issu-e-s des milieux les plus modestes qui travaillent parce qu’ils en ont besoin.

Il leur faut une volonté énorme pour continuer d’aller au lycée, parce que leur vie se déporte. Le travail salarié avec un nombre d’heures aussi important entre en concurrence avec le travail scolaire. Il entraine de la fatigue, une déconcentration. Cela joue un rôle important dans les phénomènes de décrochage.

Le second enjeu, le plus important finalement, est celui de la réussite de tous les jeunes et de notre capacité collective à accompagner leur ambition plutôt qu’à la brider. Rendre obligatoire la scolarité jusqu’à 18 ans nous obligerait à changer vraiment l’Ecole pour que chaque jeune y trouve sa place. Aujourd’hui le système scolaire est construit sur la sélection dite méritocratique mais dont chacun sait qu’elle reproduit et aggrave les inégalités sociales. Les procédures d’orientation, la rigidité des filières, les contenus enseignés et trop souvent les pratiques pédagogiques empêchent ou découragent trop de jeunes et particulièrement celles et ceux des familles populaires de développer leur potentiel.

Il faut pour cela remplacer le mérite par l’égalité pour permettre à chaque jeune quelles que soient ses origines sociales, géographiques, culturelles d’ouvrir ses possibles et de les réaliser. L’école doit reconnaitre à chaque jeune le droit de se tromper, de tâtonner, d’essayer. Cette fluidité des parcours scolaires passe par la mise en place de passerelles entre les voies et les filières. Elle exige aussi une pédagogie renouvelée qui redonnerait goût et espoir aux élèves en difficultés par un rapport nouveau à la culture, à l’art, aux savoirs ; par la reconnaissance de l’intelligence sensible à côté de l’intelligence abstraite et à égalité avec elle.

Alors oui, refonder vraiment l’école pour en faire le lieu de l’égalité et de l’émancipation, est à la fois nécessaire et possible. L’allongement de la scolarité obligatoire à 18 ans en serait le signe et finalement le commencement.

C’est à nous de nous hisser à la hauteur de l’ambition des jeunes !

[1] Cf Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche – 2015 DEPP Ministère de l’éducation nationale

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