Archives mensuelles : octobre 2015

Restauration scolaire : un enjeu d’égalité et d’éducation

J’ai présenté hier au vote de la dernière Commission permanente de la Région l’élargissement de notre réforme de la restauration scolaire à 2 nouveaux départements.

A partir de la rentrée 2016, ce seront donc tous les lycées de l’Essonne et des Hauts-de-Seine, soit près de 90.000 jeunes supplémentaires, qui bénéficieront à leur tour de la tarification unique au quotient familial déjà mise en œuvre en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne, le Val-d’Oise et la Seine-et-Marne.

Cette tarification sociale – c’est-à-dire prenant en compte les revenus des familles – est l’élément central de la réforme du service public de la restauration scolaire que j’ai portée auprès de la majorité régionale avec le soutien du groupe Front de gauche et qui a été votée en mars 2014.

Notre action sur la tarification est absolument nécessaire – c’est une question de justice sociale – mais elle doit s’accompagner d’une amélioration de la qualité et de la diversité des repas et des menus, de l’accueil et de la convivialité, d’une réduction du temps d’attente et de queue…

La restauration scolaire est bien un sujet majeur pour les lycéennes et lycéens. C’est pourquoi elle doit être reconnue comme tel par l’ensemble des membres de la communauté éducative : aussi bien les personnels de cuisine que les proviseur-e-s, les enseignant-e-s, les parents et bien sûr les services du Conseil régional. Il faut lui donner toute sa place dans la vie du lycée.

L’amélioration durable de la demi-pension ne peut être mise en œuvre qu’avec un engagement collectif des équipes de direction, des agents, des enseignant-e-s, des jeunes eux-mêmes. Beaucoup ont dit qu’ils y étaient prêts. Et c’est la base la plus solide sur laquelle nous pouvons construire une action commune.

C’est tout l’objet de la « charte régionale de qualité de la restauration dans les lycées franciliens » que j’ai fait voter hier lors de cette même Commission permanente.

Son contenu a été travaillé avec les chefs de cuisine mais aussi avec les partenaires régionaux comme le GAB (Groupement des Agriculteurs biologiques) ou le CERVIA (Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire) et les usager-e-s. Elle a intégré notamment les critiques et les propositions que j’ai entendues de la part des jeunes lors de la consultation que j’ai menée au printemps dernier.

Les lycées qui signeront cette charte s’engageront volontairement sur des critères précis de qualité de la restauration scolaire concernant aussi bien l’accueil et la convivialité, le respect du temps consacré à la pause méridienne, la diversité et la qualité des repas, la communication et les relations avec les usager-e-s, la formation des personnels et leur accompagnement, la lutte contre le gaspillage, l’approvisionnement aussi en favorisant le local, le bio et une meilleure gestion via des groupements d’achat. La région s’engage de son côté à accompagner les lycées volontaires pour les aider à mettre en œuvre la charte.

Cette charte est un outil partagé parce qu’elle a été concertée et qu’elle permet d’associer et de valoriser le travail des chef-fe-s de cuisine et de leurs équipes, qui sont des personnels de la Région. Elle permettra à la fois une évaluation de la restauration scolaire et une incitation forte à l’améliorer.

Je mesure bien tout le chemin qui reste à parcourir. L’amélioration de la restauration scolaire est un chantier important. Nous avons commencé ce travail et je crois sincèrement que le fait de mettre la lumière sur des enjeux qui étaient trop souvent ignorés, ou pas suffisamment considérés, a permis de faire partager très largement la nécessité de poursuivre dans la durée cet engagement et cette ambition.

 

 

 

 

La scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans : un premier pas pour transformer l’Ecole

En présentant son projet de réforme du Diplôme national du Brevet qui se passe en fin de collège, la ministre de l’Education nationale a dit : « Quitter le collège c’est quand même un moment très important parce qu’on quitte ce qu’on appelle aujourd’hui la scolarité obligatoire ».

Cette déclaration, noyée sans doute au milieu des nombreuses oppositions à la réforme des collèges, est passée inaperçue.

Elle est pourtant particulièrement inquiétante.

La scolarité est bien, depuis 1959, obligatoire jusqu’à 16 ans et non pas jusqu’à la fin du collège.

La différence est fondamentale.

En effet, aujourd’hui près de 97% des jeunes de 16 ans sont au lycée et plus de 77% des jeunes de 18 ans sont scolarisés [1] … En Île-de-France ce sont 85% des jeunes franciliennes et franciliens de 18 ans qui poursuivent leurs études.

La ministre donc laisse entendre que la scolarité obligatoire est réduite, limitée au collège. Si ces propos étaient autre chose qu’une maladresse, ils constitueraient à la fois une régression, un retour en arrière incompréhensible et inadmissible par rapport à la situation actuelle, et surtout un abandon coupable de l’ambition, des valeurs qui, à gauche, ont toujours fait de l’éducation et de la jeunesse la priorité.

Au-delà, à trois reprises, en 1981 comme en 1997 puis 2012 la gauche au pouvoir a raté l’occasion d’initier une véritable transformation de l’Ecole en portant l’âge de la scolarité obligatoire à 18 ans.

En effet une telle décision s’inscrirait dans la dynamique lancée en 1882 par Jules Ferry et continuée par Jean Zay sous le front populaire puis par l’ordonnance de 1959. Et surtout, comme le montrait déjà le Plan Langevin-Wallon de 1947, élaboré dans le cadre du Conseil National de la Résistance, cette élévation de l’âge de la scolarité obligatoire est un levier de la nécessaire démocratisation du système éducatif français.

Le premier enjeu est celui de la justice sociale. La scolarité obligatoire, c’est la gratuité. Les frais d’équipement en lycée professionnel peuvent, selon les filières, être particulièrement lourds et sont le plus souvent à la charge des jeunes ou de leurs familles. En juin 2015, j’ai rendu publique une enquête menée pour la région sur le travail rémunéré des lycéen-ne-s d’Île-de-France

Près de 10% de ces jeunes travaillent de manière régulière et avec un nombre d’heures élevé. Il s’agit des jeunes issu-e-s des milieux les plus modestes qui travaillent parce qu’ils en ont besoin.

Il leur faut une volonté énorme pour continuer d’aller au lycée, parce que leur vie se déporte. Le travail salarié avec un nombre d’heures aussi important entre en concurrence avec le travail scolaire. Il entraine de la fatigue, une déconcentration. Cela joue un rôle important dans les phénomènes de décrochage.

Le second enjeu, le plus important finalement, est celui de la réussite de tous les jeunes et de notre capacité collective à accompagner leur ambition plutôt qu’à la brider. Rendre obligatoire la scolarité jusqu’à 18 ans nous obligerait à changer vraiment l’Ecole pour que chaque jeune y trouve sa place. Aujourd’hui le système scolaire est construit sur la sélection dite méritocratique mais dont chacun sait qu’elle reproduit et aggrave les inégalités sociales. Les procédures d’orientation, la rigidité des filières, les contenus enseignés et trop souvent les pratiques pédagogiques empêchent ou découragent trop de jeunes et particulièrement celles et ceux des familles populaires de développer leur potentiel.

Il faut pour cela remplacer le mérite par l’égalité pour permettre à chaque jeune quelles que soient ses origines sociales, géographiques, culturelles d’ouvrir ses possibles et de les réaliser. L’école doit reconnaitre à chaque jeune le droit de se tromper, de tâtonner, d’essayer. Cette fluidité des parcours scolaires passe par la mise en place de passerelles entre les voies et les filières. Elle exige aussi une pédagogie renouvelée qui redonnerait goût et espoir aux élèves en difficultés par un rapport nouveau à la culture, à l’art, aux savoirs ; par la reconnaissance de l’intelligence sensible à côté de l’intelligence abstraite et à égalité avec elle.

Alors oui, refonder vraiment l’école pour en faire le lieu de l’égalité et de l’émancipation, est à la fois nécessaire et possible. L’allongement de la scolarité obligatoire à 18 ans en serait le signe et finalement le commencement.

C’est à nous de nous hisser à la hauteur de l’ambition des jeunes !

[1] Cf Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche – 2015 DEPP Ministère de l’éducation nationale