Archives mensuelles : mars 2015

Créer du commun et non de l’exclusion

Article paru dans « l’Humanité », le 25 mars 2015:

Après la polémique sur la restauration scolaire, le point de vue d’Henriette Zoughebi, vice-Présidente de la région Île-de-France, chargée
des lycées et des politiques éducatives.
 
 

Après d’autres, le maire UMP de Chalon-sur-Saône lance une polémique démagogique en annonçant un menu unique dans les cantines de sa ville. Cette décision n’est pas une défense de la laïcité mais, au contraire, l’instrumentalisation de ce principe fondamental de la 
République pour exclure et stigmatiser à des fins politiciennes et électoralistes.

Il ne s’agit donc pas d’imposer le porc ou d’imposer l’absence de porc, ni d’introduire des aliments halal ou casher, c’est-à-dire confessionnels, mais bien de proposer plusieurs menus qui laissent le choix aux jeunes et respectent leur diversité pour favoriser le vivre-ensemble. C’est ce que nous faisons dans les 472 lycées publics d’Île-de-France qui accueillent plus de 382 000 jeunes.

Nous mettons tout en œuvre pour faire venir et accueillir à la restauration scolaire tous les lycéen-ne-s dans la diversité de leurs origines sociales, de leur culture familiale, de leur religion, de leurs habitudes alimentaires. Il s’agit bien d’une exigence de justice sociale et d’un enjeu éducatif : permettre à tous de manger et favoriser une éducation au goût, à la santé, au « bien manger ».

C’est tout l’objectif de la politique de la réforme de la restauration scolaire dans les lycées que je porte à la région Île-de-France et qui s’articule autour de trois axes : la mise en œuvre d’une tarification unique au quotient familial pour favoriser l’égal accès des lycéen-ne-s à la restauration scolaire ; une amélioration de la qualité des repas ; enfin, une éducation au goût et à la santé, y compris par l’investissement des lycéen-ne-s dans les commissions des menus.

Appliquée depuis la rentrée 2014 dans les lycées de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise, et à partir de la rentrée prochaine dans les lycées du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne, cette réforme s’étendra progressivement à tous les départements de la région. Elle représente un investissement régional important (36 millions d’euros par an en année pleine) et incarne un choix politique : que la restauration scolaire soit un lieu et un temps où les jeunes dans leur diversité apprennent à vivre ensemble, à partager et finalement à créer leur « commun ».