Archives mensuelles : septembre 2014

forum de lutte contre le décrochage

Mesdames Messieurs,

 Je suis très heureuse de vous accueillir aujourd’hui, si nombreuses et si nombreux dans cet hémicycle au nom de la région et de son président Jean-Paul Huchon, pour notre forum régional de Lutte contre le décrochage.

Vous connaissez les enjeux de cette question essentielle pour le système éducatif français et plus largement pour la réussite de tous les jeunes.

Les décrocheurs sont les élèves de 16 à 25 ans qui quittent le système de formation initiale sans avoir obtenu au moins de diplôme ou une qualification de niveau V (CAP BEP) ou IV (baccalauréat). En France, ils sont estimés à 140 000 en moyenne chaque année. Le risque de chômage est aujourd’hui deux fois plus important pour les jeunes sans diplôme que pour ceux qui ont le baccalauréat ou un titre équivalent.

Concernant le décrochage scolaire en Ile de France, le système interministériel d’information permet d’identifier en 2013 26 800 décrocheurs. Ils sont sans doute plus nombreux.

Derrière ces chiffres préoccupants, il y a une réalité humaine : des jeunes en souffrance qui ne peuvent pas se projeter dans l’avenir, qui peinent à trouver leur place dans une société où, vous le savez, l’obtention d’un diplôme est indispensable pour une insertion professionnelle.

Il y a aussi un incroyable gâchis parce que la jeunesse de l’Ile de France, la vitalité démographique de notre région est une chance pour son dynamisme et son développement.

Il y a aussi, surtout, une terrible injustice. En effet si le décrochage peut toucher toute sorte de jeunes, celles et ceux qui, au final quittent l’école sans qualification ni diplôme sont dans leur très grande majorité des jeunes issus de milieu populaire.

La lutte contre le décrochage scolaire doit donc s’inscrire dans une réflexion plus large qui est celle de la lutte contre les inégalités sociales, scolaires et culturelles. Toutes les enquêtes, toutes les données montrent en effet que ce sont les inégalités qui plombent le système éducatif.

L’enquête PISA 2012 souligne l’écart de réussite entre les élèves issus de milieux très défavorisés et ceux de milieux très favorisés. Ce déterminisme social, autrement dit la relation entre le niveau socio-économique des élèves et leur performance, atteint un niveau d’autant plus alarmant qu’il est de plus grande ampleur encore en 2012 qu’en 2003 et le plus élevé des pays de l’OCDE.

L’étude récente de la Fondation allemande Bertelsmann confirme cette réalité de l’influence de l’origine sociale sur la réussite scolaire. La France est classée 26ème sur les 28 pays de l’Union Européenne, juste avant la Bulgarie et la Slovaquie.

On voit donc que le premier rôle dans la lutte contre l’échec scolaire et pour prévenir le décrochage revient à l’école elle-même, à l’éducation nationale. C’est-à-dire que l’enjeu fondamental est bien de permettre la réussite de chaque élève par un meilleur accompagnement dans les apprentissages, pour éveiller le désir d’apprendre. Cela touche à la fois aux questions pédagogiques, à la formation des enseignants, aux conditions d’études et à l’organisation des parcours scolaires. C’est tout l’enjeu de la nécessaire refondation de l’école. La Loi de juillet 2013 a marqué une étape. Le chantier, disons-le clairement, est devant nous.

Toutefois, face à de tels enjeux, la Région a elle aussi une responsabilité, importante.

L’ile de France en a eu conscience assez tôt. En effet, le dispositif « Réussite pour tous » lancé en 1999 répond à cette double nécessité de prévenir le décrochage scolaire et permettre le retour à la formation des jeunes en situation de décrochage. Ce dispositif, qui est aujourd’hui un élément central de l’action régionale en la matière, a connu un développement très important : 2 projets en 2000, dont l’expérience du micro-lycée de Sénart ; 119 projets des lycées soutenus pour l’année scolaire 2013-2014. C’est dans cet esprit aussi qu’a été construit le dispositif d’accès à l’apprentissage qui permet d’accompagner et donc d’éviter le décrochage de jeunes dans un parcours réussi vers l’apprentissage.

C’est dans la poursuite de la prise de conscience de cette réalité insupportable que la Région a élevé la lutte contre le décrochage au rang de grande cause régionale en 2012 et que le Conseil régional a adopté en avril 2013 un plan d’actions de lutte contre le décrochage.

Puis, la Loi Sapin de mars 2013 donne une responsabilité nouvelle aux régions. Elle prévoit, je cite, que « les actions de prise en charge des jeunes sortant du système de formation initiale sans un diplôme national ou un titre professionnel enregistré et classé au répertoire national des certifications professionnelles sont mise en œuvre et coordonnées au niveau local par la Région en lien avec les autorités académiques »

Cela nous oblige à appréhender de manière plus fine d’une part la réalité du décrochage, d’autre part les objectifs de la lutte contre le décrochage et enfin les actions efficaces en comprenant et en respectant le rôle de chacun, notamment celui de l’Education nationale.

Il faut donc agir sur les 3 étapes du décrochage :

  • La prévention d’abord et c’est l’objet notamment de la mise en œuvre des protocoles de sécurisation des parcours qui sont expérimentés, suite à la signature d’un document cadre entre la région et les 3 académies franciliennes, dans 4 territoires (La Courneuve-Saint Denis (93) ; Gonesse-Sarcelles (95) ; Paris (10e-11e-19e-20e) ; Coulommiers (77)). Le document cadre signé entre la Région et les 3 académies précisent que la vocation de ces protocoles est «  de mobiliser le réseau d’acteurs volontaires, de mutualiser les ressources et les expériences, d’accompagner, à la demande, des jeunes désignés par les établissements de formation pour prévenir le décrochage (…) ».
  • 2ème étape : pendant les situations qui poussent au décrochage, c’est-à-dire par exemple au moment des transitions difficiles comme le passage du collège au Lycée ou du collège au CFA. Ou encore lors d’événements qui coupent de l’école comme par exemple une maternité.
  • Et 3ème étape, après le décrochage pour construire un retour dans la formation, avec une organisation, des conditions d’accueil et d’études, une pédagogie innovante, c’est-à-dire adaptées à la réalité de la vie, des besoins et des aspirations des jeunes qui renouent avec un parcours scolaire. C’est notamment tout l’objet des micro-lycées. L’année dernière, 2 nouvelles structures ont vu le jour : le micro lycée de Paris et le Lycée des possibles à la Celle Saint Cloud

 Engagement fort de la Région au côté de l’Education nationale autour d’objectifs partagés, ce plan et donc notre action repose sur une méthode : soutenir la dynamique de mise en réseau de tous les acteurs concernés par la lutte contre le décrochage : l’Etat et ses services déconcentrés, les collectivités territoriales, les lycées, les CFA, les missions locales, les associations.

Il s’agit bien d’expérimenter et d’évaluer collectivement des actions concertées, rapides et efficaces au service des jeunes qui risquent le décrochage ou qui sont en situation de décrochage.

C’est cette ambition aussi, qui préside à l’organisation de ce forum dont je veux qu’il soit notre rendez-vous, celui de tous les professionnels qui, dans des territoires différents et avec des pratiques et des expériences complémentaires, sont investis dans la réussite de jeunes de l’Ile-de-France, en y associant la recherche.

Dans cette première année de mise en place du plan les partenariats se tissent je me donc réjouis de voir réunis ici tous les acteurs de la lutte contre le décrochage.

Plus largement, à partir des réflexions qui se dégageront aujourd’hui, il est important pour moi de porter politiquement, dans la société, cette question de la lutte contre le décrochage, notamment auprès des élu-e-s locaux.

Je vous remercie donc très chaleureusement de participer à ce forum régional de lutte contre le décrochage pour qu’ensemble nous puissions, par l’échange et la réflexion commune, regrouper nos énergies, les fédérer pour donner à tous les jeunes de la confiance, de l’ambition et réunir les conditions de leur réussite.

Des internats pour la réussite de tous les élèves

Henriette ZOUGHEBI et Jean-Paul HUCHON dans  « l’expresso » Le café pédagogique du 29 septembre 2014

« Il faut mixer les populations pour permettre aux jeunes des quartiers populaires d’avoir de bonnes conditions d’études ». Rendu possible par l’alternance politique de 2012, le programme d’ »internats de la réussite » de la région Ile-de-France donne son premier fruit. Le 26 septembre, Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d’Ile-de-France, et Henriette Zoughebi, vice-présidente en charge des lycées, visitaient le chantier du premier internat de la réussite qui accueillera des élèves dès janvier 2015. En plein Paris, l’internat du lycée Guillaume Tirel n’accueillera pas des élèves de CPGE mais des élèves de lycées technologiques ou professionnels.

« On n’est pas en Écosse ». Jean-Paul Huchon répond par cette formule à l’opposition qui parle « d’internat fantôme ». En fait, l’internat du lycée Guillaume Tirel (Paris 14ème) est presque terminé. « Le gros problème ici », confie le mandataire, « c’est le coût du foncier ». L’internat est situé au cœur de Paris, en bordure du lycée hôtelier Tirel, un établissement inauguré il y a peu par la région. L’internat accueillera 105 lits dans 87 chambres de 16 m². « C’est confortable », juge JP Huchon. La taille moyenne des chambres en internat ou en résidence universitaire est de 9 à 12 m². Certaines chambres sont équipées pour des jeunes handicapés. Au rez-de-chaussée des locaux sont prévus pour le travail des lycéens et pour les accompagnateurs : CPE, infirmière, assistants d’éducation.

Des internats d’excellence aux internat de la réussite

La région avait refusé de s’engager dans les « internats d’excellence » de N. Sarkozy, des établissements qui retiraient des quartiers une poignée de jeunes « méritants » pour leur offrir une scolarité loin de chez eux dans des internats coûteux. Le concept d’internat de la réussite développé par la région est différent. Il s’agit de faciliter l’accès à des filières professionnelles rares et d’offrir des places à proximité des quartiers populaires. Si la proviseure de Tirel souhaite que les internes soient tous élèves de l’établissement, ce n’est pas le vœu de la région. Un internat de la réussite doit accueillir des publics diversifiés : en priorité des jeunes qui n’ont pas chez eux de bonnes conditions d’étude. Ensuite des jeunes qui demandent des formations éloignées de chez eux.

Cette mixité, Henriette Zoughebi y tient beaucoup. Déjà en 2011, elle s’était battue pour obtenir la mixité des sexes à l’internat JB Say de Paris (16ème). En plein quartier bourgeois parisien s’était constitué un ghetto à la fois social et de genre. Seuls des garçons élèves des CPGE du lycée avaient accès à l’internat. A l’occasion d’une rénovation de l’internat, elle avait imposé un quota de filles.

Mixité des genres, mixité sociale, mixité scolaire

En 2011 une étude commandée par la région à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France montre de fortes inégalités sociales dans les internats régionaux. Deux places sur trois sont réservées à des garçons.  Les élèves de CPGE occupent 42% des places alors qu’ils ne représentent que 4% des lycéens. 35% des pensionnaires viennent de familles cadres contre 27 des lycéens. 15% des pensionnaires viennent de familles ouvrières contre 20% des lycéens.  Les enfants des quartiers populaires ont moins de chances de voir leur enfant accueilli ce qui ferme certaines portes à leur enfant.

Avec les internats de la réussite, c’est la mixité sociale qui s’engage. Si Tirel est installé plutôt dans un quartier aisé, les autres internat prévus par la région sont dans des banlieues populaires : Porcheville (dès 2015), Noisy-le-Grand, Gennevilliers, Cerny et Aulnay-sous-Bois en 2016. La région va consacrer 50 millions par an à ces constructions. Elle a obtenu une aide de 40 millions de l’ANRU, une agence publique qui favorise la mixité sociale. Aux 8 300 places actuellement disponibles dans les lycées publics de la région, la majorité régionale veut en ajouter 2 778 à raison de 500 par an. 200 places nouvelles ouvriront en 2014 suivies de 500 en 2015.

Chaque internat bénéficie d’un accompagnement pédagogique. Négociée avec les 3 académies francilienne, une charte installe une expérimentation menée dans 5 internats à partir de cette rentrée. Elle vise à la fois le recrutement des élèves et leur accompagnement. Les internats devront accueillir des jeunes de milieux diversifiés. L’Etat et la région organiseront un accompagnement pédagogique qui permette l’épanouissement culturel et artistique des jeunes. Les internats de la réussite sont un des éléments de la politique de lutte contre les inégalités dans la région. « C’est important pour moi d’accompagner ce changement de politique », nous dit H. Zoughebi.

François Jarraud