Archives pour la catégorie Solidarités

L’égalité, la culture et l’éducation contre les racismes et l’antisémitisme

Communiqué de presse suite à la visite du premier ministre Manuel Valls et de la ministre de l’éducation nationale Najat Valaud-Belkacem au lycée Léon Blum de Créteil le vendredi 17 avril:

« (…) c’est une autre guerre dont il sera question, tu le comprends : une guerre contre l’injustice, contre l’abandon de certains jeunes, contre l’oubli tactique dans lequel on tient une partie de la population (en France, mais aussi dans le monde), en ne partageant pas avec elle les bienfaits de la culture et les chances de la réussite sociale. »
Lettre à ma fille, au lendemain du 11 janvier 2015, par JMG Le Clézio
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Je représentais ce matin la région Ile de France au lycée Léon Blum de Créteil pour participer à la rencontre organisée avec les équipes éducatives et les lycéen-ne-s à l’occasion de la présentation par le gouvernement du plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

J’étais très heureuse de me rendre dans ce lycée où a été tourné le beau film « Les héritiers », soutenu par la Région et inspiré par le remarquable travail mené avec ses élèves par Anne Anglès, professeur d’histoire.
Ce lycée de banlieue montre bien les conditions de la réussite : une mixité sociale permise par une grande diversité des voies et des filières, y compris des classes préparatoires aux grandes écoles, le développement de nombreux projets éducatifs, une offre importante de clubs, d’options (notamment cinéma) et un engagement bienveillant et ambitieux des équipes et des enseignant-e-s.

Tout cela favorise une ouverture culturelle, au monde, aux autres, qui est un outil d’émancipation et un enjeu de démocratisation et d’égalité. La rencontre et le travail avec les artistes, la fréquentation des œuvres et des lieux culturels donnent un sens aux savoirs et apportent aux jeunes particulièrement des milieux populaires un appétit pour la connaissance, la reconnaissance de leur sensibilité et la confiance en eux-mêmes.
Elle participe à la nécessaire construction avec les jeunes d’une véritable culture commune quelle que soit leur voie de formation, générale, technologique ou professionnelle, avec une haute exigence pour les contenus notamment en histoire, en philosophie…
Un véritable travail d’histoire, un rapport personnel à la culture, aux cultures, aux œuvres et aux artistes, à tout ce qui peut susciter, stimuler, ouvrir les horizons sont les outils pour faire naitre la réflexion, le partage d’une mémoire et – surtout – une prise de conscience, un engagement, une vigilance.
Il me parait absolument indispensable, à ce titre, qu’il y ait un enseignement de philosophie en lycée professionnel.

Il s’agit d’un enjeu majeur pour la République : les injustices, les inégalités, la relégation sont vécues de manière très aiguë par les jeunes qui voient bien combien les chances ne sont pas égales entre les enfants de milieux aisés et ceux de milieux populaires.
Agir pour l’égalité c’est aussi agir contre le rejet de l’autre, les racismes et l’antisémitisme.

La région Ile de France prend sa place dans cette mobilisation : les politiques éducatives menées par la région s’attachent à proposer aux jeunes et à leurs enseignants des outils pour créer ce commun (voyage d’étude et de mémoire à Auschwitz et Birkenau pour 600 lycéen-ne-s et apprenti-e-s francilien-ne-s chaque année en partenariat avec le mémorial de la Shoah, travail d’histoire et de mémoire sur l’esclavage et les traites, soutien aux projets culturels et citoyens…)

Quand sont lourdes les menaces et les tentations de l’exclusion, du communautarisme, de l’entre-soi et de la haine de l’autre, il est plus que jamais nécessaire et urgent de mener le combat pour l’égalité, la culture et l’éducation.

J’ai rappelé ce matin au lycée Blum combien je ressens cette urgence et cette gravité ainsi que ma conviction que la confiance faite aux jeunes, l’écoute et la prise de compte de leur parole, ainsi qu’un véritable engagement éducatif et citoyen sont des leviers importants de transformation de la société.

 

Comment transformer une remise de la légion d’honneur en cérémonie pour les sans-papiers

Article paru dans « Le Monde » du 14 avril 2015:

Pour transformer une remise de Légion d’honneur en cérémonie pour les sans-papiers, il faut d’abord choisir cinq lycéens à qui le préfet a fait remettre une OQTF – obligation de quitter le territoire français. Il faut y ajouter autant de lycéens brillamment diplômés, qui quelques années auparavant étaient eux-mêmes sans titre de séjour et menacés d’expulsion. Pour que la recette soit réussie, il faut encore placer le récipiendaire de la décoration entre ces deux groupes, et lancer les discours !

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Cérémonie de remise de la Légion d’Honneur

Le 14 avril 2015, j’ai reçu les insignes de chevalière de la Légion d’Honneur. A cette occasion, j’ai souhaité dédier cette distinction aux lycéennes et lycéens sans papiers;  Voici un extrait de mon intervention:

« … Si vous me demandez ce qui m’a le plus marqué dans cette mandature, je vous répondrai sans hésiter la parole des jeunes, ce qu’ils m’ont appris. La relation avec eux ont conforté une intuition que j’avais : les jeunes d’un bout à l’autre de l’Ile-de-France ont de l’ambition, toutes les lycéennes et lycéens veulent et peuvent réussir, ils sont les premiers acteurs du changement.

De ces rencontres débutées en 2010 et qui se continuent aujourd’hui, je retiens aussi leur disponibilité, leurs visages qui s’éclairent d’un sourire dès lors qu’ils se rendent compte qu’on les écoute pour de vrai, qu’on les respecte.

A ceux qui ont une image stéréotypée de nos jeunes, notamment de banlieue, je dis « ne vous arrêtez pas à la capuche ». Moi je trouve ces lycéens et ces lycéennes énergiques et le plus souvent très dignes, belles aussi.

Vous le voyez, j’applique à la grammaire cette règle de proximité qui refuse que le masculin l’emporte sur le féminin pour combattre cette idée dans la vie et cela sonne bien !

Je crois de tout mon cœur et de toute ma raison qu’il faut changer le monde ; chacun-chacune peut y contribuer. Je m’y emploie.

Des jeunes que j’ai rencontré, il en est dont le courage formidable m’a profondément ému. Ce sont les lycéens lycéennes sans papiers, chassés de leur pays par la misère ou la guerre ; ils veulent faire leurs études ici, et construire leur vie ici.

Dès le début de cette mandature, j’ai souhaité avec les groupes de la majorité régionale – dont je salue ici les présidentes et présidents – les accompagner jusqu’à leur régularisation.

Je veux aujourd’hui dire toute mon admiration pour les militants-militantes de RESF engagé à leurs côtés.

Vous le savez maintenant, je suis d’une famille juive, originaire d’Europe centrale ; mes parents sont arrivés pendant la guerre, en France, sans papiers. Je veux m’en souvenir à cet instant où je dédie solennellement cette décoration dont la République m’honore aux lycéens-lycéennes sans papiers, car le droit à l’éducation est universel.

Je demande au président de la république de donner un titre de séjour à tous ces jeunes inscrits dans leurs lycées ; la loi doit changer !

Je choisis d’accompagner ces jeunes jusqu’au bout de cette bataille et je les remercie d’avoir accepté d’être là ce soir et de me rejoindre maintenant. En même temps que je leur dédie cette décoration, je veux leur offrir ces quelques mots de Prévert qui m’accompagnent depuis longtemps :

« Étranges étrangers

Vous êtes de la ville

Vous êtes de sa vie

Même si mal en vivez »

Mobilisation en faveur des élèves sans papiers des lycées franciliens

Communiqué de presse des président-e-s des groupes de la majorité régionale, 3 mai 2011:

Vendredi 6 mai prochain, de 17h à 19h, les élus régionaux des Groupes socialiste, Front de Gauche PCF-GU-AC, Europe Ecologie – Les Verts, PRG-MUP et Front de gauche & Alternatifs parraineront avec Henriette Zoughebi, Vice-présidente en charge des lycées, plusieurs dizaines de lycéen-ne-s sans papiers dans l’hémicycle du Conseil régional.

Les représentants de la FCPE, du Réseau Education Sans Frontières, ainsi que les enseignant-e-s et camarades des lycéen-ne-s concernés seront également présents.

Cette manifestation s’inscrit dans la droite ligne d’une résolution de la majorité régionale votée en séance plénière le 1er octobre 2010, affirmant la solidarité de ses élu-e-s avec les élèves sans papiers des lycées franciliens, les plaçant sous leur protection et s’engageant à soutenir toutes les initiatives en faveur de leur régularisation.

Depuis ce vote, plus de cent établissements des huit départements d’Île-de-France ont à leur tour voté des vœux de soutien à leurs élèves sans papiers ou menacés de le devenir.

De multiples actions ont été conduites pour empêcher leur expulsion et demander leur régularisation. Des pétitions circulent dans les lycées, des équipes éducatives se mobilisent, des chefs d’établissement interviennent, des parents, des enseignant-e-s, des élèves eux-mêmes exigent des papiers pour les jeunes qui en sont privés.

La majorité régionale se félicite que cette contribution politique ait permis d’approfondir la mobilisation. Les lycéen-ne-s sans-papiers doivent être reconnu-e-s pour ce qu’ils sont : des acteurs à part entière de la citoyenneté.

A la veille de la période des examens, l’enjeu devient doublement important : pouvoir se présenter aux épreuves, et pouvoir continuer ses études. Car c’est bien souvent à l’issue d’un cursus scolaire, où à l’atteinte de leur majorité, qu’ils ou elles sont expulsé-e-s.

En parrainant publiquement ces lycéen-ne-s ce vendredi, les élu-e-s de la majorité régionale veulent protéger de toute issue dramatique des élèves franciliens que rien ne devrait distinguer de leurs condisciples.

Par ce geste les élu-e-s régionaux affirment leur engagement, aux cotés des syndicats d’enseignant-e-s et de lycéen-ne-s, de la FCPE et du RESF, pour le respect du droit universel à l’éducation

Intervention d’Henriette Zoughebi, le 6 mai 2011: