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Créer du commun et non de l’exclusion

Article paru dans « l’Humanité », le 25 mars 2015:

Après la polémique sur la restauration scolaire, le point de vue d’Henriette Zoughebi, vice-Présidente de la région Île-de-France, chargée
des lycées et des politiques éducatives.
 
 

Après d’autres, le maire UMP de Chalon-sur-Saône lance une polémique démagogique en annonçant un menu unique dans les cantines de sa ville. Cette décision n’est pas une défense de la laïcité mais, au contraire, l’instrumentalisation de ce principe fondamental de la 
République pour exclure et stigmatiser à des fins politiciennes et électoralistes.

Il ne s’agit donc pas d’imposer le porc ou d’imposer l’absence de porc, ni d’introduire des aliments halal ou casher, c’est-à-dire confessionnels, mais bien de proposer plusieurs menus qui laissent le choix aux jeunes et respectent leur diversité pour favoriser le vivre-ensemble. C’est ce que nous faisons dans les 472 lycées publics d’Île-de-France qui accueillent plus de 382 000 jeunes.

Nous mettons tout en œuvre pour faire venir et accueillir à la restauration scolaire tous les lycéen-ne-s dans la diversité de leurs origines sociales, de leur culture familiale, de leur religion, de leurs habitudes alimentaires. Il s’agit bien d’une exigence de justice sociale et d’un enjeu éducatif : permettre à tous de manger et favoriser une éducation au goût, à la santé, au « bien manger ».

C’est tout l’objectif de la politique de la réforme de la restauration scolaire dans les lycées que je porte à la région Île-de-France et qui s’articule autour de trois axes : la mise en œuvre d’une tarification unique au quotient familial pour favoriser l’égal accès des lycéen-ne-s à la restauration scolaire ; une amélioration de la qualité des repas ; enfin, une éducation au goût et à la santé, y compris par l’investissement des lycéen-ne-s dans les commissions des menus.

Appliquée depuis la rentrée 2014 dans les lycées de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise, et à partir de la rentrée prochaine dans les lycées du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne, cette réforme s’étendra progressivement à tous les départements de la région. Elle représente un investissement régional important (36 millions d’euros par an en année pleine) et incarne un choix politique : que la restauration scolaire soit un lieu et un temps où les jeunes dans leur diversité apprennent à vivre ensemble, à partager et finalement à créer leur « commun ».

Notre liberté est menacée par la pensée unique

L’Humanité, mercredi, 28 Janvier 2015:

À la question toujours posée « pourquoi écrivez-vous ? » La réponse du Poète sera toujours la plus brève « pour vivre mieux » Saint John Perse

Depuis janvier, je vais à la rencontre des lycéen-ne-s pour engager le dialogue, tenter de comprendre quels débats sont nécessaires aux jeunes des villes populaires qui, une fois de plus, sont stigmatisés. Ils me disent qu’ils sont certes français pour la plupart, mais toujours suspects… Je suis frappée par la grande disponibilité de ces jeunes pour l’échange.

Je remarque l’extrême hétérogénéité des points de vue, parfois argumentés, parfois seulement affirmés, reprenant ce qu’ils ont lu sur les réseaux sociaux. Pour certains, ils opposent les cultures entre elles, et la liberté d’expression ne renvoie à rien de concret pour beaucoup.

Ces rencontres me confortent dans ma conviction qu’il est nécessaire et urgent de construire une culture commune véritable pour tous les jeunes quelle que soit leur voie de formation, générale, technologique ou professionnelle, avec une haute exigence pour les contenus en histoire, philosophie. Une ouverture réelle aux autres civilisations devrait permettre de sortir d’une vision centrée sur la civilisation occidentale.

Plus que jamais la promotion de la diversité, du pluralisme des idées et des œuvres, avec pour seule limite l’infraction à la loi et le respect de l’autre, est nécessaire pour préserver la liberté. Pourtant la marchandisation des objets culturels conduit à fabriquer des objets de consommation en vue du profit et des sujets qui seraient avant tout des consommateurs. Les jeunes comme toute la population sont soumis au formatage de la pensée, dont les « experts » des journaux télévisés sont des agents très zélés.

De leur côté, les artistes, les créateurs, les créatrices, les hommes et les femmes de culture continuent de porter la revendication émancipatrice d’une ouverture nouvelle de la société, donc aussi de l’école et des médias au souffle de la pensée libre.

Dans les lycées, les jeunes sont très demandeurs d’un travail avec des artistes et dans tous les champs de la création. Le théâtre, la chanson, la musique, le cinéma peuvent aussi être tension pour comprendre le monde, imaginer, et agir pour le changer.

C’est pourquoi la déception est si grande à la lecture de la feuille de route conjointe des ministères de l’Éducation et de la culture. Si elle affirme la nécessité de « changer d’échelle pour aboutir à l’accès de tous les jeunes à la culture», elle ne dégage pas véritables de moyens supplémentaires. Une nouvelle « journée … » des arts à l’école n’est pas à la hauteur de l’ambition affichée.

Où sont les rencontres directes avec les artistes et les œuvres si nécessaires pour éveiller tous les enfants mais en particulier ceux des milieux populaires à la pratique artistique pour que chacun-e puisse vivre une véritable expérience qui stimule l’imagination et la capacité créative ?
La déception est d’autant plus grande que le spectacle vivant et les médiathèques sont particulièrement menacées par les politiques de la droite au pouvoir dans certaines municipalités, mais aussi par les baisses de subventions et par une réforme des collectivités territoriales qui pourrait mettre en péril les financements croisés.

Plus que jamais, donc, la question d’une éducation artistique et culturelle au niveau des enjeux de ce 21ème siècle reste posée.

La question de l’égalité est essentielle

Entretien avec le café pédagogique du 16 janvier 2015.

 » Comment arriver à convaincre les jeunes que la laïcité leur donne plus de protection et de droits ? Il faut d’abord que la société respecte ces principes pour de vrai. » Vice présidente de la région Ile-de-France en charge des lycées, Henriette Zoughebi représente l’Association des régions de France dans la consultation lancée par N Vallaud-Belkacem. Elle lui propose deux décisions : utiliser les CVL pour lancer le dialogue entre jeunes et supprimer la filière spéciale post bac imaginée par le ministère pour les bacheliers professionnels. Continuer la lecture de La question de l’égalité est essentielle 

forum de lutte contre le décrochage

Mesdames Messieurs,

 Je suis très heureuse de vous accueillir aujourd’hui, si nombreuses et si nombreux dans cet hémicycle au nom de la région et de son président Jean-Paul Huchon, pour notre forum régional de Lutte contre le décrochage.

Vous connaissez les enjeux de cette question essentielle pour le système éducatif français et plus largement pour la réussite de tous les jeunes.

Les décrocheurs sont les élèves de 16 à 25 ans qui quittent le système de formation initiale sans avoir obtenu au moins de diplôme ou une qualification de niveau V (CAP BEP) ou IV (baccalauréat). En France, ils sont estimés à 140 000 en moyenne chaque année. Le risque de chômage est aujourd’hui deux fois plus important pour les jeunes sans diplôme que pour ceux qui ont le baccalauréat ou un titre équivalent.

Concernant le décrochage scolaire en Ile de France, le système interministériel d’information permet d’identifier en 2013 26 800 décrocheurs. Ils sont sans doute plus nombreux.

Derrière ces chiffres préoccupants, il y a une réalité humaine : des jeunes en souffrance qui ne peuvent pas se projeter dans l’avenir, qui peinent à trouver leur place dans une société où, vous le savez, l’obtention d’un diplôme est indispensable pour une insertion professionnelle.

Il y a aussi un incroyable gâchis parce que la jeunesse de l’Ile de France, la vitalité démographique de notre région est une chance pour son dynamisme et son développement.

Il y a aussi, surtout, une terrible injustice. En effet si le décrochage peut toucher toute sorte de jeunes, celles et ceux qui, au final quittent l’école sans qualification ni diplôme sont dans leur très grande majorité des jeunes issus de milieu populaire.

La lutte contre le décrochage scolaire doit donc s’inscrire dans une réflexion plus large qui est celle de la lutte contre les inégalités sociales, scolaires et culturelles. Toutes les enquêtes, toutes les données montrent en effet que ce sont les inégalités qui plombent le système éducatif.

L’enquête PISA 2012 souligne l’écart de réussite entre les élèves issus de milieux très défavorisés et ceux de milieux très favorisés. Ce déterminisme social, autrement dit la relation entre le niveau socio-économique des élèves et leur performance, atteint un niveau d’autant plus alarmant qu’il est de plus grande ampleur encore en 2012 qu’en 2003 et le plus élevé des pays de l’OCDE.

L’étude récente de la Fondation allemande Bertelsmann confirme cette réalité de l’influence de l’origine sociale sur la réussite scolaire. La France est classée 26ème sur les 28 pays de l’Union Européenne, juste avant la Bulgarie et la Slovaquie.

On voit donc que le premier rôle dans la lutte contre l’échec scolaire et pour prévenir le décrochage revient à l’école elle-même, à l’éducation nationale. C’est-à-dire que l’enjeu fondamental est bien de permettre la réussite de chaque élève par un meilleur accompagnement dans les apprentissages, pour éveiller le désir d’apprendre. Cela touche à la fois aux questions pédagogiques, à la formation des enseignants, aux conditions d’études et à l’organisation des parcours scolaires. C’est tout l’enjeu de la nécessaire refondation de l’école. La Loi de juillet 2013 a marqué une étape. Le chantier, disons-le clairement, est devant nous.

Toutefois, face à de tels enjeux, la Région a elle aussi une responsabilité, importante.

L’ile de France en a eu conscience assez tôt. En effet, le dispositif « Réussite pour tous » lancé en 1999 répond à cette double nécessité de prévenir le décrochage scolaire et permettre le retour à la formation des jeunes en situation de décrochage. Ce dispositif, qui est aujourd’hui un élément central de l’action régionale en la matière, a connu un développement très important : 2 projets en 2000, dont l’expérience du micro-lycée de Sénart ; 119 projets des lycées soutenus pour l’année scolaire 2013-2014. C’est dans cet esprit aussi qu’a été construit le dispositif d’accès à l’apprentissage qui permet d’accompagner et donc d’éviter le décrochage de jeunes dans un parcours réussi vers l’apprentissage.

C’est dans la poursuite de la prise de conscience de cette réalité insupportable que la Région a élevé la lutte contre le décrochage au rang de grande cause régionale en 2012 et que le Conseil régional a adopté en avril 2013 un plan d’actions de lutte contre le décrochage.

Puis, la Loi Sapin de mars 2013 donne une responsabilité nouvelle aux régions. Elle prévoit, je cite, que « les actions de prise en charge des jeunes sortant du système de formation initiale sans un diplôme national ou un titre professionnel enregistré et classé au répertoire national des certifications professionnelles sont mise en œuvre et coordonnées au niveau local par la Région en lien avec les autorités académiques »

Cela nous oblige à appréhender de manière plus fine d’une part la réalité du décrochage, d’autre part les objectifs de la lutte contre le décrochage et enfin les actions efficaces en comprenant et en respectant le rôle de chacun, notamment celui de l’Education nationale.

Il faut donc agir sur les 3 étapes du décrochage :

  • La prévention d’abord et c’est l’objet notamment de la mise en œuvre des protocoles de sécurisation des parcours qui sont expérimentés, suite à la signature d’un document cadre entre la région et les 3 académies franciliennes, dans 4 territoires (La Courneuve-Saint Denis (93) ; Gonesse-Sarcelles (95) ; Paris (10e-11e-19e-20e) ; Coulommiers (77)). Le document cadre signé entre la Région et les 3 académies précisent que la vocation de ces protocoles est «  de mobiliser le réseau d’acteurs volontaires, de mutualiser les ressources et les expériences, d’accompagner, à la demande, des jeunes désignés par les établissements de formation pour prévenir le décrochage (…) ».
  • 2ème étape : pendant les situations qui poussent au décrochage, c’est-à-dire par exemple au moment des transitions difficiles comme le passage du collège au Lycée ou du collège au CFA. Ou encore lors d’événements qui coupent de l’école comme par exemple une maternité.
  • Et 3ème étape, après le décrochage pour construire un retour dans la formation, avec une organisation, des conditions d’accueil et d’études, une pédagogie innovante, c’est-à-dire adaptées à la réalité de la vie, des besoins et des aspirations des jeunes qui renouent avec un parcours scolaire. C’est notamment tout l’objet des micro-lycées. L’année dernière, 2 nouvelles structures ont vu le jour : le micro lycée de Paris et le Lycée des possibles à la Celle Saint Cloud

 Engagement fort de la Région au côté de l’Education nationale autour d’objectifs partagés, ce plan et donc notre action repose sur une méthode : soutenir la dynamique de mise en réseau de tous les acteurs concernés par la lutte contre le décrochage : l’Etat et ses services déconcentrés, les collectivités territoriales, les lycées, les CFA, les missions locales, les associations.

Il s’agit bien d’expérimenter et d’évaluer collectivement des actions concertées, rapides et efficaces au service des jeunes qui risquent le décrochage ou qui sont en situation de décrochage.

C’est cette ambition aussi, qui préside à l’organisation de ce forum dont je veux qu’il soit notre rendez-vous, celui de tous les professionnels qui, dans des territoires différents et avec des pratiques et des expériences complémentaires, sont investis dans la réussite de jeunes de l’Ile-de-France, en y associant la recherche.

Dans cette première année de mise en place du plan les partenariats se tissent je me donc réjouis de voir réunis ici tous les acteurs de la lutte contre le décrochage.

Plus largement, à partir des réflexions qui se dégageront aujourd’hui, il est important pour moi de porter politiquement, dans la société, cette question de la lutte contre le décrochage, notamment auprès des élu-e-s locaux.

Je vous remercie donc très chaleureusement de participer à ce forum régional de lutte contre le décrochage pour qu’ensemble nous puissions, par l’échange et la réflexion commune, regrouper nos énergies, les fédérer pour donner à tous les jeunes de la confiance, de l’ambition et réunir les conditions de leur réussite.

Des internats pour la réussite de tous les élèves

Henriette ZOUGHEBI et Jean-Paul HUCHON dans  « l’expresso » Le café pédagogique du 29 septembre 2014

« Il faut mixer les populations pour permettre aux jeunes des quartiers populaires d’avoir de bonnes conditions d’études ». Rendu possible par l’alternance politique de 2012, le programme d’ »internats de la réussite » de la région Ile-de-France donne son premier fruit. Le 26 septembre, Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d’Ile-de-France, et Henriette Zoughebi, vice-présidente en charge des lycées, visitaient le chantier du premier internat de la réussite qui accueillera des élèves dès janvier 2015. En plein Paris, l’internat du lycée Guillaume Tirel n’accueillera pas des élèves de CPGE mais des élèves de lycées technologiques ou professionnels.

« On n’est pas en Écosse ». Jean-Paul Huchon répond par cette formule à l’opposition qui parle « d’internat fantôme ». En fait, l’internat du lycée Guillaume Tirel (Paris 14ème) est presque terminé. « Le gros problème ici », confie le mandataire, « c’est le coût du foncier ». L’internat est situé au cœur de Paris, en bordure du lycée hôtelier Tirel, un établissement inauguré il y a peu par la région. L’internat accueillera 105 lits dans 87 chambres de 16 m². « C’est confortable », juge JP Huchon. La taille moyenne des chambres en internat ou en résidence universitaire est de 9 à 12 m². Certaines chambres sont équipées pour des jeunes handicapés. Au rez-de-chaussée des locaux sont prévus pour le travail des lycéens et pour les accompagnateurs : CPE, infirmière, assistants d’éducation.

Des internats d’excellence aux internat de la réussite

La région avait refusé de s’engager dans les « internats d’excellence » de N. Sarkozy, des établissements qui retiraient des quartiers une poignée de jeunes « méritants » pour leur offrir une scolarité loin de chez eux dans des internats coûteux. Le concept d’internat de la réussite développé par la région est différent. Il s’agit de faciliter l’accès à des filières professionnelles rares et d’offrir des places à proximité des quartiers populaires. Si la proviseure de Tirel souhaite que les internes soient tous élèves de l’établissement, ce n’est pas le vœu de la région. Un internat de la réussite doit accueillir des publics diversifiés : en priorité des jeunes qui n’ont pas chez eux de bonnes conditions d’étude. Ensuite des jeunes qui demandent des formations éloignées de chez eux.

Cette mixité, Henriette Zoughebi y tient beaucoup. Déjà en 2011, elle s’était battue pour obtenir la mixité des sexes à l’internat JB Say de Paris (16ème). En plein quartier bourgeois parisien s’était constitué un ghetto à la fois social et de genre. Seuls des garçons élèves des CPGE du lycée avaient accès à l’internat. A l’occasion d’une rénovation de l’internat, elle avait imposé un quota de filles.

Mixité des genres, mixité sociale, mixité scolaire

En 2011 une étude commandée par la région à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France montre de fortes inégalités sociales dans les internats régionaux. Deux places sur trois sont réservées à des garçons.  Les élèves de CPGE occupent 42% des places alors qu’ils ne représentent que 4% des lycéens. 35% des pensionnaires viennent de familles cadres contre 27 des lycéens. 15% des pensionnaires viennent de familles ouvrières contre 20% des lycéens.  Les enfants des quartiers populaires ont moins de chances de voir leur enfant accueilli ce qui ferme certaines portes à leur enfant.

Avec les internats de la réussite, c’est la mixité sociale qui s’engage. Si Tirel est installé plutôt dans un quartier aisé, les autres internat prévus par la région sont dans des banlieues populaires : Porcheville (dès 2015), Noisy-le-Grand, Gennevilliers, Cerny et Aulnay-sous-Bois en 2016. La région va consacrer 50 millions par an à ces constructions. Elle a obtenu une aide de 40 millions de l’ANRU, une agence publique qui favorise la mixité sociale. Aux 8 300 places actuellement disponibles dans les lycées publics de la région, la majorité régionale veut en ajouter 2 778 à raison de 500 par an. 200 places nouvelles ouvriront en 2014 suivies de 500 en 2015.

Chaque internat bénéficie d’un accompagnement pédagogique. Négociée avec les 3 académies francilienne, une charte installe une expérimentation menée dans 5 internats à partir de cette rentrée. Elle vise à la fois le recrutement des élèves et leur accompagnement. Les internats devront accueillir des jeunes de milieux diversifiés. L’Etat et la région organiseront un accompagnement pédagogique qui permette l’épanouissement culturel et artistique des jeunes. Les internats de la réussite sont un des éléments de la politique de lutte contre les inégalités dans la région. « C’est important pour moi d’accompagner ce changement de politique », nous dit H. Zoughebi.

François Jarraud

 

Mon parcours

Depuis avril 2010 je suis vice-présidente de la Région ile de France en charge des lycées et des politiques éducatives. A ce titre j’ai présenté et mis en place, dès octobre 2010, une politique en faveur de l’égalité et de la réussite de tou-te- les lycéen-ne-s.

Dès le printemps 2011 j’ai entrepris une consultation des jeunes en organisant des réunions dans 18 lycées situés dans 8 départements franciliens. Ce qui m’a conduite à initier différents dispositifs en faveur des lycéens-ne-s :

  • « jeunes pour l’égalité » qui se décline aujourd’hui dans 32 lycées, en direction des équipes éducatives et de 4000 lycéen-ne-s, favorisant l’expression des élèves à travers des ateliers artistiques
  • « entreprises partenaires de lycéen-ne-s » pour que chaque lycéen-ne trouve un stage en entreprise
  • « projet lycéen » pour développer l’initiative des jeunes dans les lycées
  • « consultation des délégués des CVL en 2013
  • « budgets participatifs dans les lycées »

A ma demande, les groupes de la majorité ont ensemble voté une résolution du conseil régional, mettant sous la protection de l’assemblée régionale les jeunes lycée-ne-s sans papiers.

Un parrainage/marrainage a été organisé en mai 2011 dans l’hémicycle sous la présidence de Jean Paul Huchon. Depuis j’interviens régulièrement et je m’implique auprès de RESF et des jeunes menacés d’une OQTF.

L’axe central de la politique que je porte est la réduction des inégalités sociales, scolaires, de territoires, de sexe. A cet effet j’ai fait évoluer les politiques éducatives.

  • En créant un observatoire de la réussite scolaire et la mixité sociale qui réunit des chercheurs et des chercheuses, des acteurs et des actrices de terrain dans l’éducation nationale, syndicalistes, parents d’élèves, les élu-es. Il est chargé de commandité des études.
  • En modifiant le calcul de la Dotation Globale de Solidarité qui ne tient compte que des catégories sociales dans les établissements
  • En élaborant un programme d’investissement après une large concertation de terrain avec une démarche de démocratie participative. J’ai proposé à l’assemblée régionale de donner la priorité aux lycées situés dans les quartiers populaires ou qui accueillent les lycéen-ne-s des milieux populaires.

En 2012 lors de la concertation engagée par le ministre de l’Education Nationale, dès sa nomination, sur la loi de refondation de l’école, je me suis investie dans l’animation du groupe de travail « une grande ambition pour le numérique à l’école ». Animation que le ministre m’a confiée.

De 2004 à 2010 en tant que conseillère régionale, j’ai présidé le comité régional du tourisme. A ce titre j’ai impulsé une nouvelle politique faisant la promotion de l’événementiel culturel, première raison de venir à Paris Ile-de-France, dans un partenariat étroit avec les professionnels du tourisme et de la culture. Cela a donné lieu pour la première fois à une campagne de communication dans le métro et les gares de Londres. J’ai mis en place et développé la création de points d’information dans tous les aéroports franciliens qui en étaient dépourvus jusque-là.

De 1998 à 2004 j’ai présidé en tant que conseillère régionale communiste la commission culture et contribué a contribué à mettre en place les novatrices politiques souhaitées par la nouvelle majorité de gauche.

De 1999 à 2002 Jack Lang m’a demandé d’être conseillère aux livres et à la littérature au sein de la mission pour l’éducation artistique au ministère de l’Education nationale. A ce titre j’ai participé à l’introduction de la littérature de jeunesse dans les programmes de l’enseignement élémentaire et à la création des classes PAC qui avaient pour thème la littérature. Pour la première fois la littérature contemporaine était ainsi considérée comme une discipline artistique.

De 1984 à 1999 j’ai créé et dirigé le salon du livre de jeunesse à Montreuil en Seine Saint Denis. Il est devenu dans cette période le 1er salon mondial accueillant les classes et le grand public. Sa réussite a été de donner à voir toute la production destinée aux enfants en même temps qu’il réunissait des centaines d’auteurs et d’illustrateurs pour de courtes rencontres (le temps d’une signature) ou plus longues (le temps d’un débat) avec les enfants. Le salon a soutenu depuis sa naissance une création exigeante dans ce secteur en la faisant connaitre et en lui permettant de rencontrer un public.

En 1983 conseillère pour le livre et la lecture, auprès du conseil général de la Seine Saint Denis, j’ai élaboré sa politique du livre et de soutien à la création avec la mise en place de résidences d’écrivains et la création du salon de la jeunesse.

De 1972 à 1983 j’ai été sous bibliothécaire à Noisy le Sec, directrice des bibliothèques d’Aulnay-Sous-Bois, puis directrice des bibliothèques de Montreuil. J’ai ensuite été nommée conservateur en chef au département de la Seine Saint Denis.

1971 Après des études d’histoire à la Sorbonne j’obtiens ma maitrise, puis le CAFB.

J’ai ainsi fait toute ma carrière professionnelle en Seine Saint Denis où je vis, milite et exerce mon mandat d’élue aujourd’hui, avec la volonté de promouvoir l’égalité.

Enfin je suis président de l’Association «l’Egalité C’est pas Sorcier ». Une association féministe qui propose des outils (expo, vidéo) pour animer des débats et des réflexions sur l’égalité H/F. Elle a lancé la pétition pour que le masculin ne l’emporte plus sur le féminin dans la langue française et pour revenir à la règle de grammaire qui existait avant le XVIIème siècle.

Je suis Chevalière des ordres et des lettres dans l’ordre national du mérite et chevalière de la légion d’Honneur.

Tarification sociale des cantines des lycées

Discours du 14 février 2014

Cher-e-s collègues,

J’ai le plaisir de vous présenter ce rapport qui permettra de transformer le fonctionnement du service public de la restauration scolaire dans les EPLE d’IDF. C’est l’aboutissement d’un travail de longue halène que nous avons mené ensemble.
avec la commission lycée mais aussi nombreuses discussions avec les groupes de cette assemblée

C’est avec fierté que je vous le présente. Cette fierté tient à plusieurs raisons. Premièrement la tarification au quotient familial est une mesure de progrès et de justice sociale pour l’égal accès au service public. De plus c’est une mesure novatrice, nous serons en effet la première région en France à l’instaurer alors que nous sommes celle qui compte le plus d’établissements sur son territoire.. En outre, dans un contexte social difficile, à l’heure où les dotations de l’Etat diminuent et où l’air du temps est à la remise en cause des solidarités collectives, ce rapport constitue une concrétisation des engagements que nous avons pris devant les électeurs. C’est un effort budgétaire au service de toutes les familles franciliennes. Enfin c’est un dispositif permettant de proposer aux jeunes une vraie éducation à la santé publique. Ce rapport fera date, et nous pourrons à l’heure des bilans en être fiers collectivement.

Notre région a fait le choix de la gestion directe des services de restauration dans les EPLE. 90% d’entre eux fonctionnent avec des cuisines au sein même des établissements. Cela témoigne de l’engagement de la région dans la promotion du service public.

Je tiens à cette occasion à saluer l’ensemble des membres des personnel de la restauration des lycées et les remercier chaleureusement.

Les tarifs pratiqués sont aujourd’hui différents d’un lycée à l’autre et varient dans des proportions importantes même s’ ils restent partout largement inférieurs aux prix coutants. Et force est de constater que les jeunes issus de familles populaires, employés ou ouvriers, sont deux fois moins nombreux que les enfants de cadres à les fréquenter. C’est à cette situation que je veux remédier en particulier quand la précarité alimentaire menace la réussite scolaire. A un âge où se nouent les habitudes alimentaires, permettre à chaque jeune de bénéficier d’un repas de qualité et équilibré améliore son attention en classe, sa mémoire et sa qualité d’apprentissage. Ce rapport répond donc à un défi social, un défi de santé publique et un défi éducatif.

Cette politique régionale globale doit ainsi permettre de :

  • faire progresser l’accessibilité des lycéen-ne-s à la restauration scolaire,
  • garantir au quotidien une qualité élevée des produits, développer la formation des personnels de restauration scolaire et la sensibilisation des élèves,
  • et enfin améliorer la gestion de la restauration scolaire.

La mise en place de la tarification au quotient familial vous est proposée avec une grille tarifaire en 10 tranches, et non plus 5 comme lors l’expérimentation, afin d’assurer une progressivité plus fine des tarifs. Elle doit répondre à une double exigence : permettre aux jeunes les plus modestes de ne plus être exclues des cantines sans fragiliser la situation des classes moyennes ou supérieures. Les projections de l’IAU, que je remercie à cette occasion pour la précision et la rapidité de son travail, montrent que la grille que nous vous proposons répond à cette exigence. Le prix plancher (1.5 euros), le prix plafond (4 euros), ainsi que la progressivité entre les tranches, traduisent cette ambition. Dans les lycées des deux départements où nous commenceront à déployer cette mesure à la prochaine rentrée , 78% des familles verront leur situation s’améliorer, ce qui montre bien la pertinence de cette politique. La mesure que je vous propose s’appliquera pour la rentrée prochaine aux 114 EPLE des départements de la Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise. Il y existe en effet un dispositif similaire pour les collèges et les CAF y accompagnent déjà les départements.

La montée en charge s’effectuera d’ici 4 ans pour l’ensemble des lycées de la région.

Le choix du prix plancher à 1.50€ s’inscrit à rebours d’une démarche promouvant les comportements consuméristes et propose un tarif d’entrée qui ne dévalorise pas la valeur d’un repas de qualité et s’inscrit dans une prise de conscience des enjeux alimentaires et de lutte contre le gaspillage. Pour les familles qui rencontrent des accidents de la vie, où qui se trouvent dans des situations sociales particulièrement fragiles, la solidarité nationale, assurée par l’Etat, est la meilleure garantie de leur accès à la restauration pour qu’aucun jeune n’en soit exclu. C’est le rôle des fonds sociaux des cantines que de permettre cela. La présence des assistantes sociales attentives à la situation des jeunes est une garantie suffisante

Avec ce rapport nous vous proposons aussi une démarche qui prend en compte la nécessaire modernisation des modes de gestion des demi-pensions et de lutte contre le gaspillage. La généralisation des bornes de réservation doit permettre la simplification des modalités d’inscription. Il va de soi que ces bornes fonctionneront grâce à des badges et éviteront tout usage des données biométriques des lycéens, comme le préconise la CNIL. Enfin la lutte contre le gaspillage sera au centre de notre démarche en proposant une formation adaptée au personnel de restauration et des actions de sensibilisation auprès des lycéens.

Nous renforçons également nos dispositifs qualité avec en particulier une modification du dispositif d’introduction des produits biologiques pour le rendre plus incitatif.

Enfin, et c’est l’enjeu de la transversalité de nos politiques, nous entendons aussi valoriser nos actions en matière de promotion de l’agriculture de proximité et des filières courtes. Je ne pouvais concevoir l’amélioration de l’accès et de la qualité de nos services de restauration sans travailler en étroite collaboration avec ma collègue Corine Ruffet qui présentera un rapport sur le devenir de l’agriculture francilienne au prochain CR. De plus le groupe de travail sur l’alimentation dans les établissements scolaires qui s’est constituée à l’initiative des commissaires des commissions Environnement et Lycée rendra ses préconisations lors de cette même séance de juin.

Nous avons sollicité, dans un esprit de consultation et de co-construction des politiques publiques, les acteurs du monde de l’éducation. L’avis favorable à une très large majorité du CIAEN en est l’exemple le plus parlant mais nous agirons avec la même exigence et la même rigueur pour les prochaines étapes de la généralisation de cette politique. L’association des syndicats des personnels, chefs d’établissements et gestionnaires, des associations de parents d’élèves, des lycéens et bien sur des académies est au cœur de la démarche que nous menons. Après ce vote, nous continuerons notre travail et nos échanges dans les groupes de travail relatifs à la montée en charge de ces dispositifs.

Nous avons observé que cette mesure rencontrait une vraie adhésion des familles, qui la comprennent et se l’approprient. Les débats que j’ai menés avec les parents d’élèves et les lycéens montrent que le besoin et le désir de justice sociale rencontrent un véritable écho dans notre région, et ce même dans un contexte de crise où certains essaient d’opposer les uns aux autres. Il est à l’honneur de notre assemblée de prouver par nos travaux et par nos débats que l’action publique se construit dans une recherche de l’égalité et de l’émancipation.

Je vous remercie de votre attention.

Programme prévisionnel d’investissement des lycées 2012-2022

Intervention lors de la séance plénière du Conseil Régional du 28 juin 2012:

Ce rapport prépare la délibération de novembre 2012 qui fixera la feuille de route pour les 10 années à venir concernant le programme de constructions et de rénovations des lycées.

Le contenu de notre programme devra refléter la priorité de l’exécutif régional à la jeunesse et la formation. Une priorité aujourd’hui renforcée par les orientations gouvernementales : le Président de la République a décidé de placer l’Éducation nationale au premier rang de l’action publique pour le quinquennat, ce dont je me félicite.

Les attentes des jeunes, de leurs familles, des communautés scolaires et au-delà de l’ensemble de la population sont en effet très fortes dans ce domaine après 5 années marquées par le renoncement à une véritable ambition éducative pour tous les élèves, avec la suppression de milliers de postes d’enseignants, l’abandon de l’éducation prioritaire, la mise en concurrence des établissements, les politiques dites d’excellence qui concentrent un maximum de moyens sur un minimum d’élèves.

La lecture des 17 rapports de l’inspection générale datés de 2011, bloqués à l’époque par Luc Châtel et publiés aujourd’hui est à cet égard très éclairante. On y trouve par exemple la confirmation d’un manque cruel d’enseignants pour les remplacements dans les lycées, des éléments d’alerte sur la reforme de la voie professionnelle avec « un peu plus d’un jeune sur cinq qui ne passe pas de seconde en première », ou encore le coût de l’internat d’excellence de Sourdun : 10.000 euros par an et par interne hors masse salariale.

Ces rapports confirment pour l’essentiel les critiques qui avaient été faites de la politique mise en œuvre ces dernières années, marquée par des effets d’annonces et, sur le terrain, par un véritable démantèlement de l’école publique.

Il est aujourd’hui urgent de rétablir de la confiance dans notre système éducatif. Les jeunes, leurs parents, leurs enseignants, tous attendent que l’on remette de la justice, de l’égalité, de la solidarité et du sens dans l’organisation de notre École, et c’est pourquoi la loi d’orientation et de programmation annoncée par Vincent Peillon est très attendue.

Il s’agit aussi d’agir pour que les jeunes dans leur diversité sociale et scolaire se retrouvent ensemble dans les écoles, les collèges, les lycées publics pour recréer de la mixité sociale. Il faut reconstruire du commun, en finir avec la mise en concurrence des établissements, la compétition entre élèves. Des leviers existent. Nous y travaillons en Île de France avec la mise en place de l’observatoire de la réussite scolaire et de la mixité sociale qui tiendra lundi après-midi son premier atelier.

Le programme régional d’investissement que nous adopterons en novembre doit s’inscrire dans cet objectif d’ambition éducative et de mixité sociale et favoriser également la dynamique des territoires en zone dense comme en grande couronne. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité travailler par grands secteurs géographiques et par filières d’enseignement.

Ce programme ambitieux doit être dans le même temps réalisable puisque pour la première fois je proposerai en novembre un programme avec un calendrier sur 10 années et l’engagement que toutes les opérations votées soient effectivement lancées sur cette période. Cela implique un phasage et des priorités.

Le rapport qui nous intéresse ce soir avance une première estimation des besoins en places nouvelles sur la base de projections territorialisées établies par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France et des critères de priorisation. Aujourd’hui, le nombre de places supplémentaires nécessaires dans les lycées à échéance 2022 est estimé à 9000.

Pour la création de ces places, la proposition est de privilégier, chaque fois que c’est possible, les extensions de lycées existants, localisés sur des sites accessibles en transport en commun. Cela permet d’optimiser le patrimoine régional dans une perspective de développement durable et de renforcer la polyvalence des établissements.

La polyvalence permet en effet de rapprocher les lycéen-ne-s d’enseignement général, technologique et professionnel. Elle facilite les changements de parcours en cours de formation, et contribue à l’élévation du niveau de qualification en proposant des formations post bac. La polyvalence favorise la mixité scolaire et sociale de nos établissements et c’est extrêmement important.

Je rappelle que le premier rapport d’étape constatait une inquiétante amplification des ségrégations dans les lycées franciliens où la mise en concurrence des établissements joue à plein du fait de la densité urbaine. L’entre soi se développe dans les secteurs les plus favorisés socialement. Des lycées très demandés atteignent voire dépassent leurs capacités d’accueil, quand d’autres se vident. Le rapport affirmait le besoin d’une régulation. En cohérence avec cette analyse, il est aujourd’hui proposé de donner la priorité dans le PPI 2012-2022 aux opérations contribuant à la réduction des inégalités sociales et scolaires.

Le périmètre du programme d’investissement sera élargi. Au-delà des constructions et rénovations globales, le PPI 2012-2022 intégrera les rénovations thermiques, en lien avec l’action 1 du plan régional pour le climat. Il engagera les travaux pour permettre le complet accès des élèves en situation de handicap par bassin et par filière.

Le rapport propose des modifications dans les procédures régionales pour améliorer le rythme et la qualité des programmes de construction rénovation. Sur ce point, il reprend l’essentiel des propositions issues du travail mené tout au long de l’année 2011 par la commission lycées, sous la responsabilité de son président Didier Fischer. Ce travail a fait l’objet d’une communication au Conseil régional de novembre 2011 intitulée « Construction et rénovation des lycées : pour une plus grande efficacité ».

À travers les auditions des responsables des services de l’Unité Lycées, du directeur de la SAERP, de la vice-présidente en charge des personnels et des marchés publics, mais aussi par une étude thématique, à partir d’un échantillon de quinze établissements, les élus de la commission ont établi un constat partagé, repéré de réelles difficultés et formulé 20 propositions. Je veux ce soir les remercier pour tout ce travail.

Les propositions qui sont reprises dans le rapport visent à réduire les délais par de nouveaux types d’interventions comme la rénovation simple, des évolutions dans la relation avec les mandataires ou le lancement d’accord-cadre. Réduire les délais mais sans en rabattre sur la qualité des constructions et des rénovations. L’objectif est de redonner de l’énergie la ou c’est particulièrement difficile et le signal donné par une construction de qualité dans l’espace public des villes populaires est extrêmement important.

Il s’agit également d’améliorer la procédure de concertation avec les communautés scolaires et les collectivités locales pour mieux répondre aux besoins, concertation à laquelle je suis attachée comme vous le savez.

Enfin, des propositions sont formulées pour améliorer la gestion foncière avec l’énoncé de règles claires en ce domaine et l’établissement d’un état des biens régionaux.

Plusieurs sujets plus spécifiques avait été soulevés pratiquement dans tous les débats territoriaux de l’automne dernier. Je pense en particulier aux équipements sportifs, aux lieux de vie pour les élèves, aux internats, aux formations post bac. Nous avons poursuivi la réflexion sur ces sujets avec l’ensemble des acteurs concernés au travers de six réunions thématiques. La participation aux réunions de concertation a été importante. Je tiens à saluer le sérieux et la qualité du travail mené avec les représentants des trois académies, les représentants des établissements (proviseurs, CPE, enseignants), les organisations syndicales, très impliquées dans la démarche, tout comme les fédérations de parents d’élèves.

Leurs regards croisés, leur expertise a été une aide précieuse pour construire les propositions sur les sujets que viens de citer.

Pour répondre aux besoins importants des lycées en matière d’équipements sportifs, il est proposé, en complément du dispositif d’aide régionale aux communes, de développer une disposition nouvelle dans les établissements éloignés d’équipements municipaux. Cela se fera dans le cadre d’opérations ciblées ou de constructions neuves. Il s’agit de construire une salle de sport et d’éducation physique, et d’améliorer les espaces extérieurs situés dans l’enceinte du lycée.

Le périmètre des opérations ciblées est également élargi aux lieux de vie pour les lycéen-ne-s, inscrits comme une priorité du PPI 2012-2022 et de la mise en œuvre du budget participatif.

En ce qui concerne les internats, il est proposé de poursuivre la politique volontariste avec la création de 3000 places nouvelles. Il s’agit notamment de développer des internats de proximité accessibles par le réseau de transport pour un ensemble d’établissements dans un même bassin. Ils doivent permettre d’offrir aux jeunes qui en ont besoin un cadre de travail favorable mais aussi de faciliter l’accès pour toutes et tous à une offre de formation diversifiée.

Au delà des bâtiments et du nombre de places se pose la question de ce que les jeunes vont y trouver pour s’y sentir bien et réussir : comment peut-on les accompagner, leur offrir des activités sportives, culturelles… ? Cela pose la question des personnels d’éducation du ressort de l’Etat mais aussi celle de l’animation qui peut faire l’objet d’un travail en commun État-Région.

Du débat sur le post bac en lycée, c’est-à-dire les classes préparatoires et les sections de techniciens supérieurs, sont ressortis deux enjeux largement partagés : le développement de l’accès aux études supérieures à tous les bacheliers, et la nécessité de réduire les déséquilibres territoriaux en zone centrale comme en zone plus périphérique. C’est le sens de la délibération.

L’adoption de ce rapport va nous permettre de passer ensuite à la dernière étape : l’élaboration de la liste des opérations pour le programme d’investissement 2012-2022.

C’est un acte très important pour la Région et plus largement pour l’ensemble des acteurs franciliens de l’éducation puisqu’il s’agit en premier lieu d’offrir à tous les jeunes, quelque soit leur lieu d’habitation, un cadre et une offre de formation qui correspondent à leurs besoins et leurs attentes en lien avec leur insertion professionnelle et leur épanouissement personnel.

La région n’est pas un prestataire de services, livrant clé en main des bâtiments à l’Éducation nationale. Le cadre proposé aujourd’hui par ce rapport doit nous permettre de construire un programme 2012-2022 qui réponde à notre objectif politique essentiel : l’égalité des droits, et la réussite de tous les lycéen-ne-s affirmée dans le rapport adopté le 1er octobre 2010.

C’est dans cet esprit que j’ai travaillé avec les élus dans leur diversité et tous nos partenaires.

Pour terminer, je veux saluer Ariane Azéma, Karine Le Boulaire et toute l’équipe de l’unité lycées pour le travail fourni en lien avec l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France, un énorme travail de recueil et de croisement de données, des données territorialisées de natures diverses (démographiques, patrimoniales, sur l’offre de formation).

Cela a permis de mettre à la disposition de toutes et tous, les éléments d’analyse objectifs pour établir les propositions les plus à même de répondre aux besoins.

Je vous remercie.

 

Discours du 28 juin 2012

« Les lycéens ne se sentent pas écoutés »

Le Café Pédagogique, le jeudi 09 juin 2011.

Entre mars et mai, Henriette Zoughebi, vice-présidente du conseil régional d’Ile de France chargée des lycées, s’est rendue dans 15 établissements (publics, privés, agricoles) pour y rencontrer quelque 2 000 lycéens et les écouter parler de leurs situations et de leurs projets. Un de ses constats rejoint les résultats de la consultation de 2000 :  les lycéens ne se sentent pas vraiment écoutés.

« Ce qui m’a le plus frappé pendant cette consultation, c’est la qualité de la parole de ces jeunes » commente Henriette Zoughebi. « J’ai rencontré 2 000 lycéens, ce qui n’est pas banal, dans des lycées représentant toute la diversité sociale de l’Ile-de-France ». Selon elle les lycéens, ont très bien répondu à ses sollicitations, « on leur demandait leur avais et ils y sont allés à fond ».

Elle estime aussi avoir été très bien accueillie dans les établissements, où les proviseurs avaient préparé ces réunions avec son équipe : définition des objectifs (être dans une parole d’échanges), composition de la réunion (parents, enseignants, lycéens, représentants des entreprises locales), la région ayant également invité ses partenaires économiques.

Certes, les jeunes étaient très divers, mais ils présentaient aussi beaucoup de points communs, déclare Henriette Zoughebi. « Ils faisaient preuve d’un réalisme étonnant par rapport au travail, au chômage et aux difficultés de la vie. Ils présentaient un surinvestissement sur toutes les questions d’entrée dans l’emploi, qu’ils vivent comme une forte pression, que ce soit à Neuilly ou à Aubervilliers ». Pour autant, ils ne sont pas que dans l’utilitaire et conservent une part de rêve ajoute-t-elle.

Les lycéens ont aussi formulé de nombreuses demandes d’aide par rapport aux contacts avec les entreprises, que ce soit pour mieux connaître les métiers ou pour décrocher un stage. Plus le secteur du lycée est populaire, plus la demande est forte, constate Henriette Zoughebi. Les palettes de métiers proposées aux portes ouvertes diffèrent selon la situation de l’établissement et souvent les lycéens expriment une forte attraction pour créer leur entreprise. Ils aimeraient aussi beaucoup partir à l’étranger pour se former ou exercer un métier.

Les lycéens ne sentent pas vraiment écoutés, ils ont le besoin d’être pris en compte comme personne, ils l’ont exprimé fortement au cours de ces rencontres, souvent avec des mots assez durs, déclare Henriette Zoughebi. Cela s’accompagne souvent d’un sentiment d’isolement. La vie lycéenne ne fonctionne pas toujours et, de plus, ils aimeraient pouvoir monter leurs propres projets, plutôt qu’être invités à participer aux clubs des profs. Ils aimeraient que l’on pose la question « qu’est-ce que tu veux faire ? » au lieu de leur dire « voilà ce que tu pourrais faire ». Ils revendiquent que l’on change de regard sur eux.

Ces jeunes étaient tout à fait capables d’exprimer la souffrance que leur cause le système, notamment le poids ou la peur de l’échec. Dans les milieux populaires, le meilleur encouragement à la réussite scolaire vient souvent des mamans. Ils sont très demandeurs de formations passerelles et de rencontres interlycées.

« Cela a été pour moi une expérience humaine très encourageante » affirme Henriette Zoughebi. « Eux m’ont remercié d’être venue et d’avoir écouté ce qu’ils disaient. Je crois que, pour eux, le plus important c’est d’avoir été un interlocuteur à part entière. On discutait toujours beaucoup de façon informelle, après les réunions ».

Une restitution de ces échanges a été organisée le 20 mai, en présence de Jean-Paul Huchon. Tous les lycéens qui avaient pris la parole y avaient été invités. Ils étaient très curieux de savoir ce que l’on allait faire de leurs propos, explique Henriette Zoughebi. Après une série de vidéos rapportant les phrases clés prononcés dans chaque lycée et une discussion très ouverte avec la salle, la vice-présidente a formulé cinq propositions, déjà plus ou moins énoncées dans le rapport voté en octobre pour la réussite de tous les élèves. Elles concernent l’aide aux stages, le développement de passerelles entre les filières générale, technologique et professionnelle (à voir avec les académies), la facilitation de  rencontres inter-lycées, le lancement d’une nouvelle politique culturelle et le financement de projets émanant des conseils de la vie lycéenne.

Pour l’instant, ce ne sont que des réflexions, pas un dispositif, précise Henriette Zoughebi. Les services vont maintenant travailler pour élaborer des propositions concrètes qui seront soumises à l’assemblée régionale à la rentrée.

Selon Henriette Zoughebi, le président Jean-Paul Huchon a accordé beaucoup d’importance à cette restitution. La jeunesse est pour lui une question centrale et il estime que les jeunes doivent être partie prenante de leur avenir. Dans son programme électoral, il faisait une large place à l’autonomie des jeunes (résidence étudiante, aide à la mobilité pour les jeunes en insertion professionnelle, pass contraception). Il a redit le 20 mai que les lycées restaient une priorité régionale importante, malgré les gros investissements consentis sur les transports. Comme elle, il a été surpris du réalisme et de la qualité de pa parole des jeunes.

Parallèlement aux échanges oraux, une enquête audiovisuelle qualitative a été menée auprès d’une centaine de lycéens. A partir de cette enquête et des consultations, le sociologue Camille Peugny a réalisé une intéressante analyse, téléchargeable sur le site de la région, ainsi que la video de la restitution.

Françoise Solliec

 

Les conseillers régionaux de la majorité de gauche du Conseil régional d’Ile-de-France se mobilisent en faveur des élèves sans papiers des lycées franciliens

Vendredi 6 mai prochain, de 17h à 19h, les élus régionaux des Groupes socialiste, Front de Gauche PCF-GU-AC, Europe Ecologie – Les Verts, PRG-MUP et Front de gauche & Alternatifs parraineront avec Henriette Zoughebi, Vice-présidente en charge des lycées, plusieurs dizaines de lycéen-ne-s sans papiers dans l’hémicycle du Conseil régional.

Les représentants de la FCPE, du Réseau Education Sans Frontières, ainsi que les enseignant-e-s et camarades des lycéen-ne-s concernés seront également présents.

Cette manifestation s’inscrit dans la droite ligne d’une résolution de la majorité régionale votée en séance plénière le 1er octobre 2010, affirmant la solidarité de ses élu-e-s avec les élèves sans papiers des lycées franciliens, les plaçant sous leur protection et s’engageant à soutenir toutes les initiatives en faveur de leur régularisation.

Depuis ce vote, plus de cent établissements des huit départements d’Île-de-France ont à leur tour voté des vœux de soutien à leurs élèves sans papiers ou menacés de le devenir.

De multiples actions ont été conduites pour empêcher leur expulsion et demander leur régularisation. Des pétitions circulent dans les lycées, des équipes éducatives se mobilisent, des chefs d’établissement interviennent, des parents, des enseignant-e-s, des élèves eux-mêmes exigent des papiers pour les jeunes qui en sont privés.

La majorité régionale se félicite que cette contribution politique ait permis d’approfondir la mobilisation. Les lycéen-ne-s sans-papiers doivent être reconnu-e-s pour ce qu’ils sont : des acteurs à part entière de la citoyenneté.

A la veille de la période des examens, l’enjeu devient doublement important : pouvoir se présenter aux épreuves, et pouvoir continuer ses études. Car c’est bien souvent à l’issue d’un cursus scolaire, où à l’atteinte de leur majorité, qu’ils ou elles sont expulsé-e-s.

En parrainant publiquement ces lycéen-ne-s ce vendredi, les élu-e-s de la majorité régionale veulent protéger de toute issue dramatique des élèves franciliens que rien ne devrait distinguer de leurs condisciples.

Par ce geste les élu-e-s régionaux affirment leur engagement, aux cotés des syndicats d’enseignant-e-s et de lycéen-ne-s, de la FCPE et du RESF, pour le respect du droit universel à l’éducation.