La raison du plus fou

« On soigne le symptôme sans soigner les malades »

Hier, la communauté « psy » d’Île-de-France s’est rassemblée, à l’appel de la CGT, pour alerter l’opinion publique sur les difficultés de cette spécialité.

« Psychiatrie : explosion imminente. » Les professionnels ne cessent de le rappeler et de tirer la sonnette d’alarme : la situation de l’offre de soins en psychiatrie publique est catastrophique. C’est d’ailleurs la

raison pour laquelle des personnels de plusieurs établissements d’Île-de-France se sont rassemblés, hier en début d’après-midi, devant l’hôtel de ville de Paris, à l’appel du syndicat CGT, avant d’être reçus par le représentant de Jean-Marie Le Guen, en charge des questions de santé à la Mairie. Une première mobilisation qui devrait être rapidement suivie d’actions dans les semaines à venir, alors que se profile la réforme du système de santé.

Moins de personnels et plus de violence

« La situation est de pire en pire. Comme tous les établissements de santé, nous subissons un plan d’économie budgétaire. Ce qui signifie encore moins de personnel. Or on est déjà en sous-effectif », déplore Bruno Liébon, secrétaire CGT de l’hôpital psychiatrique Paul-Guiraud de Villejuif (Val-de-Marne). Et s’il y a bien une spécialité où l’humain est au coeur des soins, c’est bien dans le secteur de la psychiatrie : « Moins on a de personnel, plus les patients sont agités, ce qui accroît les risques de violence », précise le syndicaliste.

« La nuit, on ne compte qu’une infirmière et une aide-soignante pour 30 patients. Des patients qui peuvent faire des crises à tout moment », témoigne Nadia Missaoui, infirmière en secteur psychiatrique à l’hôpital Maison-Blanche. On le sait : le nombre de soignants en constante diminution met en danger la sécurité des patients mais aussi celle des personnels. « Et le problème, surenchérit Masraf Houaria, infirmière à l’hôpital Esquirol (Paris), c’est que les nouvelles infirmières ne savent souvent pas comment gérer ces situations, désamorcer une crise, aborder un alcoolique. Elles ont peur, ne savent pas comment faire face. » « Tout simplement parce que, depuis 1992, elles ne sont plus formées à la psychiatrie », précise Henriette Zoughebi, conseillère régionale, venue soutenir le mouvement. Suppressions de milliers de postes, baisse constante des budgets, fermetures de centaines de lits, durée d’attente exponentielle aux consultations… Le résultat, aujourd’hui dans la « psy », c’est que, dans le meilleur des cas, « on soigne le symptôme avec les gélules, sans soigner le malade du fait de l’obligation de diminuer la durée de l’hospitalisation », regrette Nadia Missaoui. « On fait de la contention plutôt que des soins. Et on clochardise les patients. Avant, on faisait un travail de resocialisation. Désormais, le patient est lâché, sans suivi aucun. Souvent, il revient. Et donc ça coûte plus cher. »

Pour une hausse du budget

Aucun personnel, qu’il soit soignant, technique ou administratif, ne s’y retrouve aujourd’hui. « Le relationnel n’y est plus », constate ainsi Patrick Cazier, ouvrier et secrétaire du syndicat FO à Paul-Guiraud. « L’essentiel de la psy, c’est l’humain. La tarification à l’activité, pour nous, c’est une ineptie. On ne peut pas quantifier le temps passé auprès du malade », poursuit Bruno Liébon. « Comme on manque de personnel, on recrute des infirmières intérimaires. Mais il n’y a pas de suivi. La psy, ce n’est pas seulement donner des médicaments », estime pour sa part Christine Bartouill, infirmière à Maison-Blanche.

Dans ce contexte très tendu, les déclarations intempestives de Nicolas Sarkozy sur une réforme du droit à l’hospitalisation apparaissent davantage comme de l’affichage que des mesures de prévention et de soins dignes de ce nom, comme le réclament les personnels. Et cela passe nécessairement par de meilleures conditions de travail des personnels hospitaliers et donc une hausse des budgets pour avoir des effectifs supplémentaires dans les services.

Alexandra Chaignon

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Paru dans : http://www.humanite.fr/2008-11-19_Politique_-On-soigne-le-symptome-sans-soigner-les-malades

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