« La lutte pour l’égalité, pour la liberté implique une lutte contre la langue du mépris. » (Marina Yaguello, Les mots et les femmes)
En grammaire, le masculin l’emporte sur le féminin. C’est en tout cas ce que l’on nous apprend dès notre tendre enfance. Symboliquement, cette règle est lourde de sens, et ce d’autant plus lorsque l’on découvre que les grammairiens du 18e siècle la justifiaient par le fait que le masculin était le genre le plus noble.
Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Auparavant, la langue française usait d’une grande liberté. Un adjectif se rapportant à plusieurs noms pouvait s’accorder avec le nom le plus proche. Racine était un adepte de cette règle de proximité : « Surtout j’ai cru devoir aux larmes et aux prières, / Consacrer ces trois jours et trois nuits entières. » (Athalie, 1691)
L’éminente linguiste, Josette Rey-Debove, co-directrice avec Alain Rey des dictionnaires Le Robert, disait à ce sujet : « J’aime beaucoup la règle ancienne qui consistait à mettre le verbe et l’adjectif au féminin quand il était après le féminin, même s’il y avait plusieurs masculins devant. Je trouve cela plus élégant, parce qu’on n’a pas alors à se demander comment faire pour ne pas que ça sonne mal. »
Pour le 8 mars 2011, que les hommes et les femmes soient belles !
Remettons au goût du jour la règle de proximité qui, au-delà de son aspect égalitaire, permet plus de créativité et de liberté. Envoyez-nous vos créations : elles seront rassemblées et apportées à l’Académie française.
Blog : http://queleshommesetlesfemmessoientbelles.blogspot.com/
Courriel : legalité@cpassorcier.org
















Bonjour !
Je suis un ardent féministe convaincu et militant, cependant je suis en désaccord avec la dérive de l’orthographe actuelle. Si l’accord de proximité me semble une bonne idée, il introduit une part de doute, (Racine voulait peut-être qualifier seulement les nuits « d’entières ») et n’empêchera pas le locuteur astucieux de placer en dernier le genre qui lui convient, de quoi rallumer une guerre des sexes qui n’a pas lieu d’être ici.
Car c’est une erreur de confondre personnes et genre grammatical. Par exemple, en allemand, le soleil est féminin, et la lune masculine. En français, la puissance, la force, l’astuce, la conviction etc. sont féminins et cela ne me pose aucun problème. La formule « le masculin l’emporte sur le féminin » est donc une expression malheureuse qui, de plus, est inexacte : il s’agit en réalité du genre non marqué, ou neutre, qui a la même forme que le masculin.
Il n’y a donc pas d’autre solution que de continuer à l’utiliser, ou a inventer un neutre différent du masculin, ou à doublonner systématiquement les termes, à chaque masculin correspondra un féminin, ce qui rendrait cette structure trop lourde et illisible, vous en conviendrez…
Pour ma part, je me refuse à utiliser ces « militant-e-s », « syndiqué-e-s », « élue-e-s », « instituteurs(trices) », « docteure », « auteure » que l’on trouve dans tous nos écrits, et qui en rendent la lecture si ardue.
Que l’on demande leur avis à nos camarades dont la langue est le métier, j’en connais qui sont d’accord avec moi mais … qui n’osent le dire de peur de paraître macho !
Ne nous épuisons pas à ce genre d’enfantillage, et ne sacrifions pas notre belle langue française sur l’autel du féminisme, mais je vous rejoins sur notre combat commun pour une véritable égalité.