« Destination Paris Ile-de-France, les femmes ont du talent ! »
Depuis trois ans, le Comité régional du tourisme s’associe activement aux célébrations de la Journée internationale des femmes. Cette année encore, nous avons voulu marquer cette journée d’une initiative originale.
Nous sommes parti/es d’un constat : les femmes qui ont marqué l’histoire scientifique, artistique et sociale de l’Ile-de-France demeurent invisibles dans l’espace public, aux riverains comme aux visiteurs.
Une seule station de métro porte le nom d’une femme : Louise Michel ; et quatre avenues : Berthie Albrecht, Victoria, Sainte Eugénie et Sainte Marie.
Même le Théâtre Sarah Bernard, débaptisé par les Forces d’occupation allemande, n’a jamais retrouvé son nom d’origine et continue de s’appeler Théâtre de la Ville.
Le moins que l’on puisse dire, donc, c’est que l’apport des femmes à l’essor de notre région ne souffre pas de trop de publicité !
Je crois que le tourisme – ou plus précisément : une approche nouvelle du tourisme – peut contribuer à changer cet état de fait.
C’est d’ailleurs, de ce point de vue, un secteur assez paradoxal. Voilà une activité où l’emploi salarié féminin est supérieur à l’emploi salarié masculin. Les activités caractéristiques du tourisme font appel à une plus forte proportion de femmes que l’ensemble des autres activités économiques.
L’emploi féminin est ainsi en tête dans l’hôtellerie (54%) et dans les autres modes d’hébergement.
Dans certaines structures, comme les agences de voyages, le pourcentage de femmes salariées atteint même 70 %, voire 85 % dans les offices de tourisme.
Les femmes sont présentes dans tous les secteurs d’activité et dans tous les métiers. Elles y jouent souvent un rôle déterminant, notamment dans les petites et les très petites entreprises.
Elles sont aussi très présentes et actives dans les nouvelles formes d’économie et se trouvent au cœur des enjeux de développement durable.
En dépit de cette importante féminisation, on observe une absence de visibilité des femmes dans les instances dirigeantes et une inégalité de traitement. Les figures de cette inégalité sont multiples et « tristement » classiques : inégalité de salaires à poste égal, moindre valorisation des diplômes, emplois plus précaires et moins qualifiés, carrières plus difficiles, difficultés aussi dans l’articulation des temps de vie.
A titre d’exemple, trop peu de femmes occupent des postes de direction d’établissement et organismes publics et privés du tourisme.
A ces obstacles généraux, s’ajoutent des difficultés spécifiques liées au secteur où l’on assimile volontiers « valeurs professionnelles » et « qualités féminines » pour mieux confiner les femmes dans des rôles d’exécution voués à l’accueil, au service ou à la décoration. Une véritable « tyrannie de l’apparence », pour reprendre l’expression forte d’une salariée interviewée dans le cadre d’une enquête réalisée sur ce sujet.
Le sens de notre rencontre, en ce 8 mars 2007, est donc de contribuer à réparer cette injustice.
Elle fait écho à l’initiative du Conseil régional d’Ile-de-France qui – dès ce soir avec un concert exceptionnel d’Agnès BIHL et, toute la journée de demain avec une série de rencontres au « Cabaret sauvage » – vise à valoriser la place des femmes dans les arts et la culture.
Un autre domaine où il reste encore beaucoup à faire…
Dans ce mouvement, nous avons voulu montrer combien les femmes contribuent à l’essor du tourisme, à ses succès, et donc au rayonnement international de leur région.
Et dans des domaines différents mais tous emblématiques de ce qui peut constituer l’image d’une destination.
- Je pense à la gastronomie et à Rougui DIA, cette jeune chef cuisinière de Neuilly-Plaisance en Seine-Saint-Denis, d’origine sénégalaise, qui fêtera en avril prochain sa seconde année à la tête du restaurant Petrossian, le temple parisien du caviar où elle réinvente la carte au gré de la culture peule.
- Je pense à la mode et à Sakina M’SA qui nous fait le plaisir d’être parmi nous aujourd’hui après le succès de son défilé de dimanche dernier dont plusieurs titres de la presse nationale n’ont pas manqué de saluer l’innovation. Avant qu’elle ne se présente elle-même plus longuement, je ne résiste d’ailleurs pas au plaisir de vous lire cet extrait d’un article un peu plus ancien qui la présente en ces termes : « Véritable précurseur en matière de création, Sakina M´sa s´inscrit comme l´entre-nerf d´une mode multiculturelle aux influences à la fois voisines et éloignées. A un peu plus de trente ans, ce petit elfe comorien, installé confortablement dans son showroom atelier de la Goutte d´or, est sans aucun doute en passe de bousculer les diktats de la mode ».
- Je pense aussi à la musique et à « Charlotte Etc. » un duo « paritaire », à l’univers singulier dont la poésie des mots fait écho à celle d’une musique évoluant entre rock et onirisme, tissée par les guitares électriques de Yann Féry. Un duo empreint d’un caractère intime, non exempt de rage, en quête d’une création toujours en mouvement.
- Je pense enfin à la coopération internationale et à Aminata TRAORÉ qui n’a de cesse d’impulser fortement le mouvement social luttant en faveur d’un développement responsable et solidaire de l’Afrique. A l’échelle de son pays, où elle se bat pour mettre en valeur la création et l’artisanat féminins notamment à travers le développement de coopératives de femmes, comme largement au delà tant il est vrai que ses combats de femme militante occupe toute l’Afrique et le monde entier.
L’initiative « Destination Paris Ile-de-France » illustre ainsi les ambitions nouvelles du CRT.
Il s’agit pour nous de donner à découvrir de manière originale et vivante notre région, dans toute la diversité de ses richesses, au delà de sa seule capitale, « d’un côté et de l’autre du périphérique ».
Pour cela nous avons choisi de mettre en valeur l’extraordinaire foisonnement d’événements artistiques, culturels, sportifs, etc. qui rythment la vie francilienne.
Car notre région est bien plus qu’un extraordinaire « musée à ciel ouvert ». Elle pétille de créativité et d’initiatives originales dans chacun de nos départements.
En les popularisant, nous pouvons contribuer à changer l’image de l’Ile-de-France et imposer celle d’une région où il se passe toujours quelque chose, où il y a toujours quelque chose de neuf à découvrir…
Celle d’une « région – monde » fière de ses traditions et de ses valeurs où se mêlent joyeusement la convivialité, l’accueil de l’autre, la rencontre et le partage.
Celle d’une région toujours plus accessible et plus ouverte, d’une Ile-de-France toujours plus créative, multi-culturelle, belle et dynamique.
A la fin du 19ème siècle, Arthur Rimbaud déclarait : «Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète, elle aussi ! »
A force d’audace et d’esprit de conquête ; à force de luttes et de victoires acquises pour les droits à la liberté et à l’égalité, ces mots jugés hier avant-gardistes, voire révolutionnaires, sont aujourd’hui réalité.
Les femmes sont devenues poètes, écrivaines, réalisatrices et parfois même – on l’a vu très récemment – « césarisées ».
Les femmes sont devenues stylistes, chanteuses, chef-cuisinières, ministres…
C’est un progrès incontestable. Du foyer à l’entreprise, du quartier à l’Assemblée, nous savons qu’il reste cependant des pans entiers de notre société où les chaînes de « l’infini servage » sont d’une réalité tenace.
Avec cette rencontre, avec vous, je forme le vœu que continue de s’illustrer l’esprit d’audace et de conquête ; je forme le vœu que les femmes puissent exprimer partout… leur poésie.
Henriette Zoughebi, Présidente du Comité régional du tourisme















