« Jeunes pour l’égalité » : l’engagement féministe de la Région Ile-de-France
Entretien avec Henriette Zoughebi, Vice-présidente aux lycées et aux politiques éducatives
Vous avez œuvré à mettre le féminisme au cœur du projet régional du Front de Gauche. Comment traduisez-vous aujourd’hui, au sein du Conseil régional, cet engagement ?
Le premier acte fort de mon mandat concerne l’égalité des filles et des garçons et j’en suis particulièrement fière. J’avais appris que plusieurs internats de classes préparatoires aux grandes écoles étaient exclusivement réservés aux garçons. Cette situation crée des inégalités scolaires, mais assigne aussi les filles et les garçons à des rôles figés et réducteurs. Dès mon élection, j’ai invité les proviseurs qui résistaient à la mixité au prétexte qu’il aurait fallu des travaux faramineux pour accueillir les filles, à revoir leur position. En septembre 2010, le lycée Henri IV a ouvert son internat aux filles. En 2011-2012, tous les autres lycées devront se mettre en conformité avec la loi sur l’égalité et la mixité.
Cet acte symbolique ne serait rien sans une réelle politique d’égalité à destination des jeunes. J’ai ainsi proposé, le 1er octobre dernier, une politique, « Jeunes pour l’égalité », à mes 208 collègues conseillers régionaux qui l’ont adoptée à l’unanimité. Dès février prochain, en collaboration avec l’Education Nationale, des équipes interviendront dans les lycées pour informer et sensibiliser les communautés éducatives et les jeunes à quatre thématiques fondamentales :
- les représentations sexistes de la sexualité et leur impact sur la liberté sexuelle ;
- le poids des représentations sexuées des métiers sur l’orientation ;
- la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ;
- la laïcité et ses rapports avec l’égalité.
Votre volonté de vice-présidente aura besoin de la réelle implication des jeunes pour faire de cette politique une réussite. Comment allez-vous mettre en mouvement les jeunes sur cette question ?
« Jeunes pour l’égalité » veut rendre les jeunes acteurs de l’égalité et de la lutte contre les violences sexistes en leur donnant les moyens de créer leurs propres outils : affiches, textes, théâtre-forum, radio… et en valorisant leurs création dans l’espace public. Au-delà de cela, je considère aussi les lycéens comme des partenaires et des interlocuteurs. C’est pourquoi des débats seront organisés sur ce qu’ils vivent dans les lycées et sur ce qu’ils souhaitent changer. Une première rencontre s’est déroulée le 25 novembre au Salon de l’Education sur le thème des violences sexistes. J’ai écouté et engagé le dialogue avec 250 lycéens de Paris, de Versailles, de Trappes, de Montreuil, de Saint-Ouen… Certains étaient dans le déni du sexisme et des violences ; d’autres ont dénoncé les insultes sexistes, les rumeurs dont les filles peuvent être victimes et qui les mettent en danger. Des garçons en filière technique ont regretté la mauvaise image qui pèse sur eux auprès des filles. D’autres ont aussi souligné l’homophobie dont sont victimes les garçons qui échappent aux codes de la virilité, quelle que soit leur orientation sexuelle.
Je retiens de ce débat la nécessité de travailler avec eux pour faire reculer les violences et le sexisme. Les rapports d’inégalité les font souffrir et ont des conséquences néfastes sur leur réussite scolaire et personnelle.
L’objectif final des politiques que je développe, est de permettre aux jeunes de s’émanciper des assignations socio-sexuées, de devenir plus libres en trouvant leur propre chemin.
Propos recueillis par Clara Domingues















